Marie-Ange Rousselot, installée à Genève, dirige une entreprise familiale, est maman de deux jeunes enfants et a siégé à l’Assemblée nationale comme suppléante de Marc Ferracci, député des Français de Suisse et du Liechtenstein. Son engagement politique s’enracine dans son expérience à l’étranger et sa volonté de défendre concrètement les Français établis hors de France en facilitant leurs démarches et en renforçant leur représentation au sein des institutions. Dans cet entretien, elle explique aussi son rôle à la tête de la Fédération des Français de l’étranger de Renaissance et sa détermination à soutenir les réseaux associatifs et à faire mieux connaître les besoins de la communauté française à l’étranger.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Je m’appelle Marie-Ange Rousselot, j’ai 38 ans, je suis binationale et j’ai grandi à Genève, où je vis aujourd’hui. Je dirige une entreprise familiale de gestion de patrimoine et je suis également la suppléante du député de notre circonscription,Marc Ferracci.
À ce titre, j’ai eu l’honneur de siéger à l’Assemblée nationale l’année dernière, lorsqu’il a été appelé à exercer des responsabilités gouvernementales au sein des gouvernements Barnier, puis Bayrou, en tant que ministre de l’Industrie et de l’Énergie.
Je suis par ailleurs maman de deux jeunes enfants, âgés d’un an et demi et de quatre ans, une expérience qui nourrit aussi très concrètement mon engagement.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Après avoir travaillé pendant six ans à Paris, d’abord à l’IFOP puis à l’Assemblée nationale en tant que collaboratrice parlementaire, j’ai rejoint La République En Marche en Suisse alors que je me réinstallais à Genève en 2018. Il s’agit alors de mon premier engagement au sein d’un mouvement politique national, même si je me suis déjà investie localement dans ma commune d’enfance en Normandie, où je siège – jusqu’en mars 2026 – en tant que conseillère municipale. Animée par une conviction profondément proeuropéenne, humaniste et progressiste, je me suis reconnue dans les idées et les valeurs portées par le parti du Président Emmanuel Macron.
Très rapidement, je m’investis dans l’animation du mouvement à l’étranger : en devenant référente d’En Marche Suisse, en participant aux différentes actions militantes et électorales, et notamment en dirigeant la campagne de la liste En Marche pour la Suisse ! lors des élections consulaires de 2021, conduite par Éléonore Caroit et arrivée en tête des suffrages. En 2022, Marc Ferracci me fait l’honneur de me désigner comme suppléante aux élections législatives, une responsabilité que j’accepte avec enthousiasme pour continuer de défendre la voix des Français de Suisse et du Liechtenstein.
En septembre 2022, je poursuis naturellement mon engagement au sein du nouveau parti présidentiel « Renaissance » et me présente à la présidence de la Fédération des Français de l’étranger. Élue par les 1 500 adhérents de notre section, je coordonne aujourd’hui l’activité du parti dans toutes les régions du monde, aux côtés des parlementaires, des responsables de comités locaux et des élus consulaires Renaissance.
Cet engagement s’enracine dans un double constat. D’une part, l’extraordinaire richesse humaine, associative et professionnelle des Français de l’étranger ; d’autre part, les difficultés très concrètes auxquelles ils font face, souvent mal comprises depuis la France.
Vivre à l’étranger — même en Suisse romande —, c’est composer avec des systèmes administratifs différents, une fiscalité parfois complexe, des enjeux de protection sociale, d’éducation ou encore de reconnaissance des diplômes et des parcours professionnels. C’est cette expérience partagée par tant de nos compatriotes, qui m’a donné envie de m’engager : pour être utile, pour défendre, et pour faciliter le lien entre la France et ses citoyens au-delà de ses frontières.
Vivre à l’étranger recouvre des réalités très diverses selon les parcours, les pays et les communautés d’accueil. Pourtant, nous partageons tous un attachement profond à la France et une même préoccupation pour son avenir. C’est pourquoi je m’investis pour que les Français de l’étranger — plus de 1,5 million inscrits sur les registres consulaires, et près du double en réalité — soient pleinement entendus dans le débat public et au sein de nos institutions.
Les avancées engagées depuis 2017 ont permis d’améliorer concrètement leur quotidien, en facilitant l’accès aux services consulaires et à la vie démocratique (dématérialisation, vote par internet, etc.). Je souhaite continuer à œuvrer pour que cette dynamique se poursuive, notamment en matière d’enseignement français à l’étranger, de protection sociale et de présence de l’État lorsque nos compatriotes en ont besoin.
Le tissu associatif à l’étranger est particulièrement dense, quelle est ta vision pour soutenir et mettre en avant ces initiatives locales ?
En Suisse romande, le tissu associatif français est particulièrement dynamique, grâce à l’engagement bénévole de Françaises et de Français qui œuvrent chaque jour pour nourrir le lien social au sein de la communauté. Les associations accompagnent les parcours de vie, soutiennent les plus fragiles, animent la vie collective et contribuent activement au rayonnement de la France en Suisse. Je tiens à saluer l’engagement de celles et ceux qui s’y investissent : leur action est essentielle et mérite d’être pleinement reconnue et mise en valeur.
Ces structures, profondément ancrées dans la réalité vécue par leurs membres, disposent d’une expertise précieuse. Leur place dans le dialogue avec les élus et les autorités consulaires mérite d’être renforcée, afin que les affaires consulaires s’appuient davantage sur leur connaissance fine du terrain. Si des liens existent déjà, ils restent trop souvent informels et inégaux, en dehors des associations reconnues d’utilité publique, laissant nombre d’entre elles encore insuffisamment intégrées à la vie consulaire.
Je suis convaincue que les élus comme les autorités gagneraient à s’appuyer plus systématiquement sur ces acteurs associatifs pour améliorer l’action publique au service des Français de Suisse romande, à travers une écoute renforcée, un accompagnement plus lisible des projets et une reconnaissance institutionnelle claire de leur rôle.
Les associations ne sont pas des relais secondaires : elles sont bien souvent le premier point de contact des Français de l’étranger avec leur communauté et avec la France.
Que penses-tu de la représentation politique des Français établis hors de France ? Quel devrait-être selon toi le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger ?
En tant que Français établis hors de France, nous avons la chance de bénéficier d’une représentation politique riche et pluraliste : 11 députés, 12 sénateurs, des élus consulaires et des représentants à l’Assemblée des Français de l’étranger. Cette représentation est toutefois relativement récente : les députés des Français de l’étranger ont été élus pour la première fois en 2012, et le cadre actuel du mandat des élus consulaires date de 2013.
Aujourd’hui, le sommet de cette « pyramide » de la représentation est assez bien identifié par nos compatriotes : députés et sénateurs bénéficient d’une visibilité réelle auprès de leurs électeurs. En revanche, les échelons de proximité restent beaucoup plus confidentiels. Les élus consulaires et l’Assemblée des Français de l’étranger souffrent encore d’un manque de notoriété, ce qui est regrettable au regard de leur rôle essentiel.
En tant que premier niveau de la représentation démocratique des Français de l’étranger, les conseillers et délégués consulaires exercent des missions fondamentales. Ce sont des élus de terrain, de proximité, en première ligne pour accompagner les Français de l’étranger, les orienter dans leurs démarches, les rassurer et les soutenir lorsque cela est nécessaire. Ils jouent également un rôle de relais indispensable auprès des institutions, des parlementaires et des ministères, en faisant remonter les préoccupations, les réalités et les attentes de leurs compatriotes.
Ce rôle est d’autant plus crucial dans un contexte de montée des discours de repli et de défiance, notamment portés par certaines formations politiques extrêmes, qui caricaturent encore trop souvent les Français établis hors de France comme des « évadés fiscaux » se soustrayant à leurs devoirs. Cette vision est non seulement fausse, mais profondément injuste. Les Français de l’étranger forment une communauté diverse, engagée, contributive et attachée à la France. Pour rendre compte fidèlement de cette richesse et de cette diversité, les élus locaux sont indispensables.
Ce mandat reste pourtant trop méconnu. Il est exigeant, profondément humain, bénévole, et ancré dans le quotidien de nos compatriotes. Il mérite aujourd’hui davantage de reconnaissance, de visibilité et de moyens, à la hauteur de son importance dans notre démocratie.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ?
En Suisse romande, les principaux défis auxquels font face nos compatriotes relèvent avant tout de l’administratif et de l’accès aux services consulaires. Sur ce point, la situation s’est nettement améliorée ces dernières années au sein du consulat de Genève. La situation tendue issue de la crise sanitaire s’est résorbée et désormais, obtenir un rendez-vous n’est plus un parcours d’obstacles.
L’organisation des services s’est également modernisée, avec notamment l’ouverture d’un guichet dédié au retrait des titres d’identité, permettant d’éviter l’accès au bâtiment principal comme auparavant. De manière générale, une amélioration tangible est perceptible, et il convient de saluer le professionnalisme et l’engagement des personnels consulaires.
Pour autant, des difficultés subsistent, en particulier pour les Français résidant dans les autres cantons, pour lesquels se rendre à Genève reste contraignant. Il est donc essentiel de poursuivre la dynamique de dématérialisation des démarches et d’approfondir les solutions complémentaires, comme la nomination de consuls honoraires et, le cas échéant, l’extension de leurs compétences.
Un autre enjeu majeur concerne l’enseignement français à l’étranger. Malgré une communauté française nombreuse, l’offre scolaire reste modeste en Suisse romande. L’école primaire française de Genève, qui propose un enseignement de grande qualité, dispose d’une capacité d’accueil largement inférieure à la demande, tout comme le Lycée français de Lausanne. Il serait utile de réfléchir à l’élargissement du réseau, notamment en intégrant davantage d’établissements locaux au dispositif, afin de répondre aux attentes des familles françaises souhaitant suivre un cursus français — même si les écoles francophones suisses offrent par ailleurs un excellent niveau d’enseignement.
Enfin, la reconnaissance des diplômes et des parcours professionnels constitue un défi important. La proximité linguistique peut donner l’illusion d’une continuité naturelle entre la France et la Suisse romande, alors qu’il existe en réalité de fortes différences culturelles et professionnelles, parfois marquées par une certaine défiance. Il est indispensable de travailler à renforcer les ponts entre nos deux pays, afin de mieux se comprendre et de mieux coopérer.
Cette nécessité de dialogue s’impose également dans le cadre des enjeux transfrontaliers, qu’il s’agisse de mobilité, de logement ou d’infrastructures. En renforçant la concertation et en cherchant à aligner nos intérêts, nous pourrons faire émerger des solutions plus efficaces et durables, bénéfiques à l’ensemble des territoires concernés.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives penses-tu et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
En Suisse, la culture du consensus et de la collégialité est profondément ancrée. Les citoyens sont habitués à décider en composant avec des intérêts et des opinions qui ne sont pas toujours alignés. Fédéralisme, démocratie directe, parlement de milice, corporatisme, système électoral proportionnel : l’ensemble du système politique suisse se distingue nettement de l’esprit de la République française, une, indivisible et centralisée.
Il est évident que rien n’est transposable tel quel et que le modèle suisse n’est pas exempt de limites. L’absence de fait majoritaire tend à privilégier le statu quo et peut freiner les réformes structurelles profondes. Il faut d’ailleurs rappeler que les Suissesses n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1971, ce qui illustre aussi les lenteurs possibles du système.
Pour autant, la France pourrait utilement s’inspirer de la Suisse sur un point essentiel : la confiance accordée par l’État aux acteurs intermédiaires. Les textes de loi y sont plus concis, et l’État délègue largement — tant dans l’élaboration des normes que dans leur mise en œuvre — aux associations faîtières, aux organisations professionnelles et au tissu associatif.
En France, notre histoire a laissé une méfiance durable à l’égard des corps intermédiaires depuis 1789. Sans renier cet héritage, nous gagnerions sans doute à dépasser ces réflexes afin d’apaiser le dialogue social et de redonner toute leur place aux acteurs de terrain. Un peu de thérapie collective, en somme, ne ferait sans doute pas de mal.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
La situation politique, en France comme à l’international, est aujourd’hui source d’inquiétude. En France, l’absence de majorité claire à l’Assemblée nationale confronte la classe politique à un défi inédit : apprendre, parfois dans l’urgence et sous contrainte, une véritable culture du compromis. Cette configuration rend l’action publique plus complexe et nourrit les discours simplistes, portés par les extrêmes, qui prospèrent sur la caricature et la dénonciation systématique de celles et ceux qui assument des responsabilités et s’efforcent de faire avancer le pays, qu’il s’agisse d’adopter un budget ou de mener des réformes nécessaires.
Dans ce contexte, il est essentiel de rester unis au sein de notre famille politique et avec nos partenaires du centre et du centre droit, afin de défendre une vision responsable de la France, de l’action publique et de l’intérêt général. Cette période exigeante constitue aussi une opportunité : celle de repenser nos méthodes, d’améliorer nos pratiques démocratiques et de renouer avec une politique du dialogue et de la responsabilité.
À l’échelle internationale, les signaux sont tout aussi préoccupants. Le recul du multilatéralisme, l’affaiblissement du droit international, le retour de logiques de puissance impérialistes et l’enracinement de conflits durables fragilisent l’équilibre mondial. Face à ces défis, l’Europe doit trouver la force d’agir de manière plus intégrée et plus stratégique. Elle doit s’affirmer comme un véritable acteur politique, capable de défendre les intérêts et les valeurs des Européens dans un monde marqué par la compétition entre grandes puissances — qu’il s’agisse de la Chine, de la Russie ou des États-Unis.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Je me sens aussi française que suisse, que genevoise et européenne. Je garde le lien en me rendant régulièrement à Paris, à l’occasion notamment des réunions du bureau exécutif de Renaissance dont j’ai l’honneur de faire partie.
Le lien avec la France est quotidien. Il passe par l’engagement, par les échanges constants avec les Français de l’étranger et avec les Français de France, par l’actualité, la culture, l’éducation, et bien sûr par les liens familiaux et amicaux.
Être Française de l’étranger, ce n’est pas être éloignée de la France : c’est l’aimer autrement, la représenter différemment, et souvent la défendre avec encore plus de conviction.









