Portrait d’une Française engagée : Isabelle Aranega (Lisbonne)

Isabelle Aranega, responsable du comité local Renaissance au Portugal, raconte son engagement pour soutenir les Français installés à Lisbonne et coordonner un réseau d’entraide autour des démarches administratives, de l’installation et de la vie locale. Elle met aussi en avant son implication associative et son souhait de renforcer le lien entre les expatriés et la France à travers un tissu communautaire dynamique et solidaire.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

À l’issue de mes études à l’EM Lyon, j’ai obtenu un Master en Management, puis j’ai débuté ma carrière dans le secteur bancaire à Londres où j’ai vécu pendant 16 ans.

En 2017, j’ai profité du développement d’un centre de services financiers BNP Paribas au Portugal pour combiner une carrière professionnelle stimulante et une qualité de vie permettant d’élever mon fils qui avait alors 4 ans dans un cadre privilégié en termes de climat, d’environnement et d’éducation. 

Je travaille pour l’entité « Banque Privée » de BNPP en partenariat avec des équipes de gestion de patrimoine localisées en Allemagne, au Luxembourg et en Suisse.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivée à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

Je suis issue d’un milieu d’entrepreneurs de sensibilité de droite qui m’a naturellement influencée.

Mon installation à Lisbonne a coïncidé avec le lancement du mouvement « En Marche » dont la volonté de rassembler des membres de sensibilités variées autour d’un noyau de valeurs communes m’a séduite: libéralisme économique, progressisme réfléchi et pragmatique sur les sujets de société, pro-Européen, méritocratie et responsabilité individuelle, transition écologique par l’innovation.
Je me suis inscrite comme sympathisante du parti, puis j’ai rejoint le mouvement local dont je suis devenue la référente en 2023. 

Je suis également responsable d’un groupe d’entraide « VITE-Français, j’ai choisi le Portugal » qui a pour vocation d’apporter un support aux français installés au Portugal afin de les soutenir dans leurs démarches administratives, leur installation, la fiscalité, la recherche d’informations concernant à la fois les systèmes éducatifs français et portugais, c’est-à-dire toute information utile pour les citoyens français venus au Portugal pour y Vivre, Investir, Travailler ou Entreprendre.

Le tissu associatif à l’étranger est particulièrement dense, quelle est ta vision pour soutenir et mettre en avant ces initiatives locales ?

Les évènements associatifs organisés au Portugal auxquels j’ai participé m’ont permis de rencontrer des compatriotes animés par une volonté d’entraide et de partage.  J’ai été impressionnée par la multitude de passions, d’expertises et d’énergie déployées.

Je suis plus particulièrement impliquée auprès de deux associations dont les causes me sont chères:

  • L’association Womens’ Lisboa fait un travail absolument remarquable auprès des femmes et des enfants victimes de violences conjugales. Le dévouement de sa directrice est sans pareil. Je la soutiens depuis 6 ans dès que l’occasion se présente.
  • L’Association Luso-Française de Défense et Sécurité: mon fils, le plus jeune membre de l’assocation, est passionné d’histoire et de défense, de même que je m’intéresse grandement aux sujets géopolitiques. L’association propose un programme à la fois riche, stimulant et convivial, avec des intervenants de grande qualité.

D’un point de vue plus global, des systèmes de financement publics existent mais sont limités et les mécénats financiers privés sont difficilement accessibles. Il ne faut donc pas négliger le mécénat de compétence qui est souvent plus abordable bien que parfois méconnu.

Des synergies entre associations pourraient être envisagées pour des postes tels que la comptabilité, la communication ou l’aspect juridique, ce qui permettrait de mutualiser ces besoins. Des formations sur les opportunités de micro-financement pourraient également se montrer utiles.

Je pense qu’il existe une marge de manœuvre pour augmenter la visibilité des associations, en développant un catalogue centralisé de l’offre associative accessible aux français de la circonscription, en organisant des campagnes de communication et des évènements conjoints.

Chaque association a son propre canal de communication, et il est parfois difficile de les identifier dans la multitude des réseaux sociaux.

Que penses tu de la représentation politique des Français établis hors de France ? Quel devrait-être selon toi le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger ?

La représentation politique des français de notre circonscription est assurée localement par des conseillers consulaires de bords politiques variés. La députation est depuis 2017 sous l’égide du mouvement Renaissance, actuellement assurée par Madame Nathalie Coggia.

Tous les représentants travaillent de façon efficace et dans l’intérêt des français de la circonscription.

Le Conseiller des Français de l’étranger est l’élu de proximité des expatriés. Il défend leurs droits, siège dans les conseils consulaires, participe aux décisions d’aides sociales et scolaires, fait remonter les problèmes au gouvernement et soutient la vie associative française à l’étranger.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ?

Les défis actuels rencontrés par les français installés au Portugal sont de plusieurs ordres :

  • Une grande inquiétude face aux difficultés financières rencontrées par l’AEFE (Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger) avec à la clé  la hausse des frais de scolarité, la réduction des bourses et la précarisation du personnel des lycées français ;
  • La complexité administrative portugaise, spécialement pour effectuer les renouvellements des certificats de résidence ;
  • La hausse du coût de la vie, en particulier des logements, qui pousse certains compatriotes à émigrer ou rentrer en France ;
  • Pour les actifs locaux, le faible niveau de salaire.

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

Le Portugal se réveille après de longues années de torpeur subies lors de l’«Estado Novo», un régime autoritaire instauré de 1933 à 1974 et dirigé par António de Oliveira Salazar. Le régime a pris fin avec la Révolution des Œillets le 25 avril 1974, menée par le Mouvement des Forces Armées.

C’est un pays qui a de nouveau connu la souffrance lors de la crise économique majeure suite à la crise de la dette de la zone euro, se caractérisant par un déficit public important, une forte hausse du chômage et des mesures d’austérité strictes en échange d’une aide internationale en 2011.

Le pays a depuis opéré un redressement significatif, grâce à un assainissement budgétaire, des réformes structurelles, menant à une amélioration de ses finances publiques, une baisse du chômage et un retour à la croissance au prix de sacrifices importants de la part des portugais. 

En parallèle, la France a vécu des années de prospérité économique après-guerre et est une référence en matière de libertés individuelles.

Elle est aujourd’hui dans une situation budgétaire critique mais les français ne semblent pas prêts aux mêmes sacrifices que les portugais pour remonter la pente et assainir notre système qui est à bout de souffle.

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

La situation politique en France est extrêmement fragmentée et en situation de blocage car les institutions n’ont pas été prévues pour gérer de façon efficace un tel cas de figure. 

Les mécontentements sont nombreux et justifiés, il est urgent de mettre en place une solution permettant de fluidifier les négociations et les prises de décisions afin de garantir la stabilité de notre système et entrer dans une période de reconstruction. 

J’observe deux types de réactions: les personnes qui souhaitent revenir à un schéma droite\gauche et les personnes qui souhaitent adapter les institutions pour faire face à ce nouveau scénario.

Je n’ai jamais fait partie de ceux qui regardent en arrière. Je suis en faveur d’une revue de nos institutions qui doivent s’adapter et assurer une meilleure représentation des sensibilités des citoyens français. »

Enfin, en tant que Française de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

En plus d’une longue expérience d’expatriation, j’ai effectué de nombreux voyages en solo, avec mon sac à dos et étudié pendant quelques mois en Australie. Plus j’ai découvert des pays étrangers aux cultures variées et aux paysages magnifiques, plus j’ai ressenti un attachement à mes racines et une fierté à représenter mon pays. 

La France a une histoire et une culture riches, un cadre idyllique, des citoyens ambitieux et créatifs, une ambiance bouillonnante. Mon engagement politique et associatif auprès de la communauté française au Portugal ne s’en trouve que stimulé.

Je passe également mes vacances dans la résidence familiale dans le sud de la France à Bormes-les-Mimosas tout en élevant mon fils avec les valeurs françaises qui me sont chères. Lorsque j’éprouve un besoin de faire le plein de culture, Paris n’a pas son égal pour me combler.