Portrait d’une Française engagée : Camille Kerblat-Bonnet (Galapagos)

Camille Kerblat-Bonnet, vit avec sa famille aux îles Galápagos et accompagne des organisations pour développer des pratiques plus durables. Elle s’engage politiquement pour que les Français établis à l’étranger soient mieux entendus et soutenus. Elle souhaite dynamiser les réseaux associatifs français à l’étranger pour qu’ils répondent mieux aux besoins des expatriés, tout en soulignant combien les initiatives écologiques locales pourraient inspirer la France. Dans son portrait, elle partage aussi sa vision d’une représentation politique proche du terrain, attentive aux défis comme l’accès à l’éducation, la mobilité professionnelle ou le lien avec la France dans le quotidien.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

J’ai la chance de vivre dans un petit paradis : les Galápagos, en Équateur, avec mon mari et nos deux fils. Dans la vie, j’accompagne des organisations — entreprises, associations et fondations — à développer des pratiques plus durables et à en faire de véritables atouts stratégiques.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivée à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

Dans un groupe, je prends plaisir à être celle à qui l’on fait appel pour trouver des solutions concrètes aux problèmes du quotidien. J’aime comprendre comment les services publics fonctionnent, et agir pour les rendre les plus proches, simples et utiles possibles pour les citoyens. Avant d’arriver en Équateur, j’étais engagée en politique en France, à l’échelle nationale, et j’avais notamment eu l’occasion de travailler sur des sujets touchant aux Français de l’étranger. Cela m’a permis d’en comprendre les enjeux spécifiques — qu’il s’agisse d’éducation, d’accès aux droits ou de liens culturels. C’est assez naturellement que j’ai poursuivi mon engagement ici : pour que nos compatriotes à l’étranger puissent être mieux entendus et mieux soutenus.

Le tissu associatif à l’étranger est particulièrement dense, quelle est ta vision pour soutenir et mettre en avant ces initiatives locales ?

Les communautés françaises à l’étranger sont historiquement très actives. Elles ont permis de créer du lien entre expatriés, d’aider les nouveaux arrivants, de transmettre la culture française et de renforcer la solidarité. Je souhaite que l’on dynamise ces réseaux pour qu’ils soient davantage en phase avec les réalités d’aujourd’hui : celles des jeunes qui s’expatrient pour une durée limitée, mais aussi celles des binationaux établis de longue date, qui parfois se sentent éloignés des enjeux français alors qu’ils bénéficieraient de continuer à s’y intéresser.

Par ailleurs, à l’heure où la transition écologique est devenue un enjeu majeur, l’Équateur se distingue en ayant été le premier pays à reconnaître dans sa Constitution la Nature comme sujet de droit à part entière. Ici, de nombreux Français de tous âges et horizons sont engagés dans des projets de protection de l’environnement. Ces initiatives locales pourraient inspirer la France, dont le leadership écologique fait également partie de la culture. Être un citoyen français à l’étranger au XXIᵉ siècle, c’est aussi cela : s’engager pour un monde plus durable, là où l’on vit.

Que penses tu de la représentation politique des Français établis hors de France ? Quel devrait-être selon toi le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger ?

La France est l’un des rares pays à avoir un budget pour ses résidents français à l’étranger et des élus qui les représentent. C’est une force, mais trop souvent, le sentiment de distance avec l’administration français décourage les démarches.

Je souhaite redonner toute sa place au rôle de proximité du conseiller. Être élu localement, c’est avant tout être disponible, à l’écoute, capable d’orienter efficacement, et de faire remonter des propositions du terrain. C’est aussi proposer des idées et projets concrets pour répondre aux préoccupations personnelles et professionnelles des Français de l’étranger : accès à l’emploi, entrepreneuriat, protection sociale, éducation, fiscalité, démarches administratives, engagement citoyen, etc). Pour moi, c’est un rôle à la fois d’accompagnement, de plaidoyer et d’innovation.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ?

Ici, les défis sont multiples : la question de l’accès à l’éducation francophone, souvent éloignée géographiquement, celle de la protection sociale, et plus globalement, la difficulté à maintenir un lien institutionnel constant avec la France. À cela s’ajoute un enjeu particulier : la mobilité professionnelle. Beaucoup de Français installés en Équateur ou dans les pays voisins souhaitent entreprendre, mais se heurtent à des complexités administratives ou à un manque de reconnaissance de leurs diplômes.

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives penses-tu et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

J’ai la sensation que les Équatoriens savent vivre pleinement le moment présent. Ici, passé et avenir passent souvent au second plan au profit d’une joie simple et authentique. Et s’il y a une vraie leçon à retenir, c’est la place accordée aux enfants : même les tout-petits sont pleinement intégrés à la vie collective. La société équatorienne offre un modèle d’inclusion et de bienveillance dont la France pourrait s’inspirer.

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

Comme beaucoup de compatriotes, je ressens un besoin fort de renouveau démocratique. La défiance croissante envers les institutions rappelle l’urgence de retisser la confiance, de rendre la participation citoyenne plus accessible, et de préserver les valeurs humanistes qui fondent notre République. D’ailleurs ici en Équateur, les débats sur la participation citoyenne, la transparence et la gouvernance résonnent tout autant. Mais en s’éloignant de France, on prend conscience aussi de la qualité de vie, de la richesse culturelle et de la solidité des services publics de notre pays — et même s’ils sont perfectibles, ils restent un modèle dont nous devons être fiers.

Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

Je reste très attachée à la culture française : je lis la presse, j’écoute la radio, et je garde un contact régulier avec ma famille, mes amis et mes collègues. J’essaie aussi de transmettre ce lien à mes enfants, à travers la langue, nos traditions et l’ouverture sur la société française. Et ici, aux Galápagos, les Équatoriens sont très curieux et admiratifs de la culture française. C’est un bonheur de pouvoir la représenter au quotidien, et de montrer qu’être Français à l’étranger, c’est aussi être un ambassadeur du dialogue, de la créativité et de la solidarité.