Portrait d’une élue à votre service : Séverine Biderman (Toronto)

Séverine Biderman, conseillère des Français de l’étranger pour l’Ontario et le Manitoba, nous explique son engagement pour tisser des liens et servir la communauté française de sa circonscription depuis Toronto. Elle y évoque son action pour faciliter les démarches des expatriés, travailler avec les élus et associations locales, et répondre aux défis administratifs et éducatifs rencontrés par nos compatriotes.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

J’ai quitté Paris pour ce qui ne devait être au départ qu’un programme d’échange de trois mois avec le Barreau du Québec; vingt-sept ans plus tard, je vis toujours au Canada, à Toronto, où j’ai embrassé différentes carrières : avocate en droit de l’audiovisuel, journaliste au sein du diffuseur public Radio-Canada, directrice de la production originale à TV5 et, depuis quelques jours, directrice de la Stratégie, du Développement et des Affaires juridiques au Lycée Français de Toronto, après en avoir présidé le Conseil d’administration pendant cinq ans.

J’ai le sentiment que seul le Canada rend possible une telle danse professionnelle, rythmée par mon attachement profond au service public.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivée à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

Certains diraient que c’est cliché, mais je suis sincèrement animée par la volonté de tisser des liens entre les personnes, les idées et les institutions. Ajoutez à cela ma conviction que l’éducation, les médias et la politique forment les trois piliers essentiels de la démocratie, il coulait donc de source que je m’engage auprès des Français installés au Canada.

En 2017, j’ai fait partie des premiers marcheurs et en 2022, je suis devenue Conseillère des Français de l’Ontario et du Manitoba, territoire qui fait trois fois la France (tout de même!), ça use les souliers!

Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élue ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?

Le sentiment d’être utile à mes concitoyens me nourrit profondément. Ajoutez-y quelques petits-fours mondains, et me voilà rassasiée. J’ai la chance de collaborer avec les autres conseillers consulaires de la circonscription, ainsi qu’avec le Consul général de France à Toronto, Bertrand Pous, et ses équipes, qui rendent les commissions d’attribution des bourses scolaires, des subventions aux projets associatifs ou celles relatives à la protection et l’action sociale d’une grande fluidité et générosité.

Mes frustrations rejoignent celles de beaucoup de Français : notre pays est à la fois le plus généreux envers ses citoyens, même ceux de l’étranger, et même temps souvent englué dans une bureaucratie où les bonnes intentions se muent en parcours du combattant, comme la dématérialisation des passeports.

Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?

En 2017, j’ai eu la chance de marcher aux côtés de Roland Lescure, alors au Canada, et malgré ses fonctions ministérielles, il me fait toujours l’amitié de passer chez moi. Idem avec le député des Français pour l’Amérique du Nord, Christopher Weissberg, qui m’accorde cette proximité.

Ces relations étroites me placent au plus près des instances décisionnaires, ce qui me permet de jouer un rôle clé de facilitateur, notamment lors de l’organisation du baccalauréat en plein confinement ou dans le soutien au projet immobilier du Lycée Français. Il en est de même avec la sénatrice, Samantha Cazebonne, farouchement engagée dans l’éducation des Français de l’Étranger.

Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?

Ici, la vie française ne se décline pas qu’en trois couleurs : l’Alliance Française, La French Tech, Toronto Accueil, l’Association des Parents d’élèves du Lycée Français de Toronto, Apéro Chic, la Fédération Tricolore… À cela s’ajoutent de nombreux autres organismes francophones ontariens et manitobains, offrant un véritable terrain de jeu pour sociabiliser, s’enrichir culturellement et s’épanouir au quotidien. On pourrait presque vivre en français à Toronto et à Saint-Boniface au Manitoba.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?

Les défis sont proportionnels à l’étendue du territoire, rendant indispensable le vote électronique pour tous les scrutins, la dématérialisation des démarches liées à l’état civil ou au renouvellement des passeports. De plus, les frais de scolarité dans les établissements français demeurent trop élevés pour la classe moyenne française, et les critères actuels d’attribution des bourses ne sont pas adaptés.

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

Le Canada est marqué par un pragmatisme très fort : on y cherche des solutions concrètes, on privilégie souvent le consensus et l’efficacité plutôt que le débat théorique, on n’est pas dans une rhétorique d’opposition pour l’opposition. La société canadienne est aussi plus décentralisée, ce qui donne beaucoup de responsabilités aux provinces et permet parfois d’avancer plus vite sur certains sujets. La France, de son côté, a des atouts uniques : une capacité d’innovation scientifique formidable, un système social encore plus protecteur, une puissance industrielle et culturelle qui s’appuie sur une histoire riche.

Aujourd’hui, nul doute que la vie politique française devrait s’inspirer de la culture du compromis et de la concertation à la canadienne, qui facilite la prise de décision collective. J’ajouterais également leur approche de l’immigration économique, qui est plus simple, plus lisible, et parfois plus efficace pour attirer des talents.

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

Il est urgent que les trois blocs cessent de se comporter comme s’ils détenaient la majorité absolue. Pourtant, il est évident que les deux partis situés aux extrémités de l’échiquier politique prospèrent et mobilisent dans le chaos. Un spectacle qui discrédite non seulement la scène politique française aux yeux des Français, mais ternit également l’image de la France à l’étranger.

Enfin, en tant que Française de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

Française au Canada, en terre anglophone, depuis près de 30 ans, je cultive fièrement mon accent, ce qui incite les gens à me parler en français et à me faire parler de la France.  Je me fais aussi un point d’honneur à consommer régulièrement des médias français, et un p’tit verre de Cahors.