Patricia Connell est conseillère des Français de l’étranger pour la circonscription de Londres et élue à l’Assemblée des Français de l’étranger. Elle est engagée pour aider concrètement les Français dans leurs démarches, notamment face aux défis du Brexit et du Covid-19. Entrepreneure dans le domaine du marketing et de la communication, elle vit à Londres depuis longtemps et met son expérience internationale au service de la communauté française.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Je vis à Londres depuis très longtemps – suffisamment pour y avoir fondé une famille, adopté une certaine tolérance à la météo et développé un sens aigu de la file d’attente.
Mon parcours professionnel s’est construit dans un environnement international: marketing dans de grandes multinationales, agences de publicité, puis entrepreneure récidiviste. Autant dire que j’ai appris à naviguer dans des systèmes complexes… une compétence étonnamment utile quand on s’occupe de l’administration française à l’étranger.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivée à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Quand on vit hors de France, on devient souvent plus Français que jamais. On râle toujours, mais avec nostalgie. Et même si, en bons français, nous sommes entraînés à fournir trois exemplaires, deux photocopies et un justificatif de domicile datant de moins de six mois, il arrive qu’on se perde, y compris pour des démarches simples. Je me suis engagée pour être ce point de repère, ce «quelqu’un qui répond» quand on ne sait plus vers qui se tourner.
Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élue ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?
Le plus satisfaisant, c’est d’être utile. Vraiment utile. Voir une situation se débloquer grâce à une action collective, c’est très gratifiant. Les frustrations existent, bien sûr. Contrairement aux maires en France, les élus de l’étranger ont très peu de pouvoir et sont entièrement bénévoles. Nous faisons donc beaucoup… avec peu. Mais comme disent les Britanniques : keep calm and carry on. Et on continue.
As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élue des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.
Je le dis souvent : c’est en temps de crise que le rôle de l’élu de terrain prend tout son sens. Mon mandat a été marqué par deux événements majeurs : le Brexit et le Covid. À ces moments-là, beaucoup de français étaient perdus, inquiets, parfois isolés. J’ai passé beaucoup de temps à expliquer, rassurer, orienter – parfois simplement à décrocher le téléphone. Statuts de résidence, accès aux soins, rapatriements, scolarité, urgences sociales… Être présente, claire et réactive faisait toute la différence.
Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?
Je suis en contact quasi quotidien avec Vincent Caure, député de la circonscription, et Samantha Cazebonne, notre sénatrice. Nous travaillons main dans la main pour faire remonter les réalités du terrain. Mais parfois, il faut élargir le cercle : ministres délégués aux Français de l’étranger, autres sénateurs, y compris de bords politiques différents.
Je crois profondément au travail cross-party. Les Français de l’étranger n’ont que faire des querelles partisanes : ils veulent des solutions. En tant que présidente du conseil consulaire, j’encourage d’ailleurs cette approche pragmatique. Moins d’idéologie, plus d’efficacité.
Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?
Un rôle absolument central. À Londres, elles ont été en première ligne pendant le Brexit et le Covid. Le dispensaire français, Londres Accueil, le réseau FLAM… Nous travaillons en étroite collaboration. Ce sont souvent elles qui détectent les difficultés avant tout le monde. Elles sont notre système d’alerte précoce – sans le jargon bureaucratique.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?
Le coût de la vie, l’accès à l’enseignement français, la protection sociale et les conséquences durables du Brexit restent des sujets majeurs. La dématérialisation est essentielle, à condition qu’elle simplifie réellement la vie.
Concrètement, nous avons travaillé sur des mesures très pratiques : réouverture du consulat d’Édimbourg, horaires élargis au consulat de Londres (plus tôt, plus tard, parfois le samedi), et un vendredi après-midi dédié aux inscriptions et aux actes de naissance des nouveau-nés. Par ailleurs, les Français attendent beaucoup de réformes, notamment concernant l’AEFE et la CFE. Plus de lisibilité, plus d’équité, moins de labyrinthes administratifs.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
Le Royaume-Uni a longtemps brillé par son pragmatisme et sa capacité d’adaptation. C’était particulièrement vrai avant le Brexit. Aujourd’hui, le pays traverse une période difficile, avec une pression fiscale accrue et un certain repli sur soi. Je reste convaincue qu’un rapprochement avec l’Europe est indispensable. Un Royaume-Uni durablement isolé n’est ni économiquement ni socialement viable. L’histoire montre qu’un pays fermé n’avance jamais très loin.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
Le climat est tendu, les attentes immenses. J’ai néanmoins été rassurée de voir les députés enfin débattre ensemble lors du budget. Le résultat n’était pas parfait, mais c’était un début – et en politique, parfois, commencer est déjà une victoire. Ce qui m’inquiète, c’est la tentation de tout rejeter. Jeter l’eau du bain, le bébé et la baignoire. Ce n’est pas une solution. Le compromis n’est pas une faiblesse ; c’est souvent la seule voie possible.
Enfin, en tant que Française de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Au quotidien. Par mon engagement, par la langue, la culture, l’actualité. Je siège aussi à l’Assemblée des Français de l’étranger, à la commission du développement durable et du commerce extérieur, ce qui m’amène à Paris deux fois par an. Ma famille vit en France, et jusqu’à récemment, ma mère aussi. Mon cœur est resté en France – même si, je l’avoue, j’aime beaucoup ma vie londonienne. En fait, nous avons tellement bien gardé le lien avec la France que même mes petites filles sont scolarisées dans un des lycées français de Londres.
Suivre l’activité de Renaissance UK