Noémie Green est conseillère des Français de l’étranger pour la Suède depuis mai 2021. Elle dirige une école de langue qu’elle a fondée en 2013 ainsi que l’Association « La Suède en Kit », participant ainsi au dynamisme de la communauté française de Suède.

Bonjour Noémie, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Je dirige ma propre école de langue, « 1 2 3 Voilà ! », que j’ai fondée en 2013 à Stockholm, et je suis également professeure de français dans un collège suédois de la capitale. En parallèle, je dirige l’association « La Suède en kit », créée en 2017, qui a pour but d’aider les francophones à s’installer et à vivre en Suède. Nous écrivons des articles très variés, sur les démarches à accomplir pour s’installer en Suède mais aussi sur les us et coutumes, les bons plans ou la culture locale, afin de s’imprégner et de décoder cette société scandinave qui n’est pas forcément la plus ouverte au premier abord. Nous avons aujourd’hui plus de 11 000 lecteurs abonnés. Je suis arrivée en Suède à l’occasion d’un VIE en 2006, pour lequel j’étais responsable des ventes en Scandinavie dans une entreprise de télécom. J’ai rapidement décidé de m’installer à Stockholm, et ça fait donc maintenant plus de 18 ans que j’y vis.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
J’étais déjà engagée et identifiée dans la communauté des Français de Suède grâce à l’association “la Suède en kit” et mon travail, mais je n’avais jamais vraiment pensé me lancer en politique. C’est l’animateur local d’En Marche qui est venu me proposer en 2019 de monter une liste pour les élections consulaires de 2021. Personnellement, le Président Macron m’avait beaucoup inspirée lors de sa campagne de 2017, mais j’ai monté une liste avec des personnes de tous horizons, pour la plupart sans étiquette politique. Avant d’être élue, je n’avais pas mesuré la charge de travail qu’il y a en tant que Conseillère des Français de l’étranger ! C’est un engagement bénévole assez conséquent quand on veut le faire sérieusement.
Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élue ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?
C’est très émouvant d’aider concrètement des compatriotes dans leur parcours de vie, parfois dans des moments très difficiles. On se sent alors vraiment utile. À l’inverse, il arrive dans certains cas et malgré toute la détermination du monde, qu’on n’arrive pas à faire de miracle pour régler un problème. C’est quelque chose de très frustrant, mais il faut faire avec. Par ailleurs, je regrette aussi de ne pas avoir réussi à instaurer un vrai climat de travail trans-partisan au sein du conseil consulaire avec mes collègues d’autres formations politiques. La politique nationale vient parasiter notre travail quotidien auprès de nos concitoyens, et c’est dommage.
As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élue des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.
Je me suis déjà retrouvée au tribunal en Suède pour représenter des Françaises qui avaient été arnaquées lors d’un contrat de sous-location. Je n’étais évidemment pas obligée de le faire, mais les personnes en question étaient rentrées en France et me l’ont demandé. Nous avons gagné le cas. Je pense également au sujet très complexe des violences faites aux femmes quand on vit à l’étranger, sujet sur lequel j’ai malheureusement dû apporter mon aide à des victimes plusieurs fois. C’est un sujet qui me tient à cœur. Je suis marraine de l’association Mots et Maux de femmes et engagée depuis plusieurs années dans cette lutte importante.
Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?
J’ai récemment demandé conseil à notre sénatrice Samantha Cazebonne, très engagée sur les sujets d’éducation, car nous souhaitons ouvrir une école française à Göteborg. C’est intéressant de pouvoir faire remonter à nos élus nationaux les problématiques locales, afin de comprendre comment régler les problèmes mais aussi pour qu’ils s’inspirent du modèle suédois. Avec notre député Vincent Caure, nous travaillons en ce moment sur les différents systèmes politiques présents dans la circonscription, en analysant concrètement comment marche la proportionnelle dans ces pays. C’est vraiment très utile d’avoir des parlementaires dont on est proche et que l’on peut facilement solliciter.
Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?
J’ai travaillé pendant 9 ans pour une association FLAM, et après mon élection j’ai décidé d’adhérer à de nombreuses associations locales. Je travaille donc main dans la main avec elles. Ces associations permettent une mise en relation des Français de l’étranger et ont un réel effet multiplicateur de mon action en tant qu’élue. On aide les associations à se créer, notamment grâce au dispositif FLAM et à se développer grâce au STAFE, dispositif de subventions du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui est un soutien important pour le monde associatif à l’étranger. Les 16 Alliances françaises et les associations FLAM (passées de 2 à 5 sous mon mandat) sont très importantes et permettent de mailler tout le territoire. Donner de la visibilité aux associations est vraiment très apprécié et intéressant humainement. La Maison des Français de Göteborg est la dernière association qui est née en date du fait de la communauté française grandissante sur place. Nous nous retrouvons en ligne pour des meets plusieurs fois par mois afin d’organiser des rencontres et de développer le site internet et les réseaux sociaux.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?
La population française en Suède est en constante augmentation, avec environ 9 000 Français inscrits au registre, répartis un peu partout sur le territoire. Le premier défi est donc géographique ! Je me suis battue pour qu’il y ait plus de tournées consulaires, pour les gens qui sont loin de Stockholm. Toute la dématérialisation en cours des procédures administratives est très importante. On a encore de l’attente au consulat, même si la situation s’est améliorée. Mes priorités sont de bien ficeler les différents dossiers que j’ai entrepris. J’avais écrit mes engagements sur mon site de campagne et j’essaie de les tenir.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
As-tu 4 heures devant toi ? Il y en a beaucoup !!! Si je devais en retenir des principaux, je dirais la façon dont les politiques ici travaillent en coalition, dans le respect, à des horaires dignes et normaux. Cela me semble incroyable que cela soit à ce point bloqué politiquement dans notre pays ! Sinon, au niveau de la qualité de vie, de l’égalité femme/homme, des congés, de la manière dont on privilégie l’équilibre familial par rapport au travail, la Suède est vraiment un exemple à suivre. Néanmoins, le revers de la médaille est que j’ai l’impression que les Suédois s’engagent peut-être moins pour la communauté. Ils sont parfois très individualistes : les gens échangent peu et il est difficile d’être spontané. Culturellement, c’est un autre monde. Ce n’est pas forcément facile de se faire des amis en Suède.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
C’est assez désespérant ! Je suis inquiète et circonspecte, il y a de gros enjeux avec des problématiques graves, et on n’arrive malheureusement pas à avancer et à prendre des décisions responsables. C’est assez affligeant pour l’image que la France renvoie à l’étranger.
Enfin, en tant que Française de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ? Je fais mon pain moi-même ! Le pain suédois c’est vraiment différent. La langue française berce toujours mon quotidien via mes cours de français et les articles que nous écrivons. J’écoute souvent de la musique française. J’essaie aussi de rentrer au moins 2 fois par an en France et de faire en sorte que mes deux filles, nées en Suède se sentent aussi françaises que suédoises.
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