Portrait d’une élue à votre service : Laurence Gromier-Heim (Bavière et Bade-Wurtemberg)

Laurence Gromier-Heim, Française de Bavière et de Bade-Wurtemberg (Allemagne), est conseillère des Français de l’étranger et présidente du Conseil consulaire, engagée pour répondre aux besoins administratifs et sociaux des Français installés dans sa circonscription. Installée en Allemagne depuis plus de 40 ans, elle a exercé dans la recherche médicale puis comme naturopathe et utilise aujourd’hui cette expérience de la vie et des échanges transfrontaliers au service concret de sa communauté.

Bonjour Laurence, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

J’habite une petite ville, Mühlhausen, entre Karlsruhe et Heidelberg, dans le Bade-Wurtemberg depuis déjà 42 ans ! Je suis venue en Allemagne très jeune pour des raisons privées puisque j’ai épousé un Allemand que j’avais rencontré lors d’un Erasmus à Londres. J’ai donc fait mes études ici, de technicienne en biologie et après avoir travaillé 10 ans dans la recherche médicale, j’ai repris des études en naturopathie et de psychologie. Cela m’a permis d’ouvrir mon cabinet médical, que je vais bientôt fermer car j’arrive à l’âge de la retraite. C’était donc une expatriation assez dure, car j’étais très jeune et nous n’avions pas à l’époque internet ou tous les moyens de communication que l’on a aujourd’hui.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

Je n’ai jamais été encartée avant d’adhérer à En Marche ! C’est vraiment Emmanuel MACRON qui m’a donné envie de m’engager, avec ses discours sur l’engagement des femmes, particulièrement venant de la société civile. En 2021, on m’a proposé de candidater aux élections consulaires. C’était très nouveau pour moi, car je ne connaissais même pas mes élus locaux auparavant ! J’ai été élue, et je suis même devenue présidente du Conseil consulaire du Bade-Wurtemberg et de la Bavière.

Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élue ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?

A titre personnel, j’ai appris énormément de choses dans ce mandat passionnant ! D’un point de vue administratif, consulaire, fiscal, politique, c’est vraiment très enrichissant et ce sont des connaissances que je mets au service des Français de ma circonscription. J’échange beaucoup avec eux, par mail, téléphone ou en physique, sans oublier les associations, notamment celle des Français de Karlsruhe ou encore l’association ELKIZ, qui enseigne le français aux enfants à Mannheim. Le consul honoraire de Mannheim, monsieur Folker ZÖLLER, est quelqu’un avec qui j’échange également beaucoup. Par ailleurs, je suis engagée dans le Souvenir français et à l’amicale de la Légion étrangère. Toutes ces personnes sont très investies dans le franco-allemand, que nous vivons tous de manière concrète et positive.

As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élue des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.

J’ai déjà été appelée par des avocats allemands pour aider un jeune homme français, sans domicile fixe, qui n’avait pas de papiers et devait avoir une carte d’identité. C’était un moment très émouvant car ça a duré plusieurs semaines, et ce n’était pas facile. Le jeune homme a finalement été placé dans une maison spécialisée, et a obtenu ses papiers. Par ailleurs, je suis souvent sollicitée pour aider à trouver le numéro INSEE de sécurité sociale de compatriotes qui ne le connaissent pas car nés à l’étranger. C’est très difficile de remonter ce problème à l’administration. J’ai également en mémoire le cas d’une dame de plus de 80 ans qui m’a appelée un jour très angoissée, car elle avait reçu un mail du consulat lui demandant de renouveler sa carte consulaire. Elle ne comprenait pas et pensait qu’on allait lui retirer la nationalité française ! J’ai pu tout lui expliquer par téléphone, ce qui l’a énormément rassurée. On se sent utile en tant qu’élue dans ces moments-là.

Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?

Je travaille très bien avec notre député Frédéric PETIT ou notre sénatrice Samantha CAZEBONNE. On peut vraiment compter sur eux, car c’est malheureusement parfois compliqué d’obtenir des réponses de la part des ministères… Néanmoins, je tiens à souligner que la nouvelle direction de la DFAE (Direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire, au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères) est très engagée et compétente !

Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?

Je les conseille au niveau STAFE, dispositif de subvention du monde associatif du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, afin de leur expliquer comment ça marche et à qui s’adresser pour remplir le formulaire correctement. C’est très important pour les associations, notamment lors de leur création. Par ailleurs, en cas de difficultés financières, j’essaie de faire l’intermédiaire pour trouver des solutions pérennes avec certains mécènes que je connais.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?

L’immense majorité des sollicitations que je reçois concerne des problèmes avec l’administration française : certificat de vie (sujet qui a énormément avancé dernièrement), taxe d’habitation, MaPrimeRénov… Je mets alors en relation avec les autorités compétentes. L’une de mes priorités concerne les bourses scolaires. L’inflation est forte en Allemagne, et je crains que les bourses scolaires baissent. L’autre sujet qui m’inquiète est que le Bade-Wurtemberg a décidé de remettre un examen de compétences en allemand et mathématiques en CM1 pour prendre une décision de passage au collège, ce qui crée des difficultés depuis cette année. C’est un problème pour les élèves des écoles françaises qui ont peu d’allemand à cet âge. C’est un risque pour nos écoles car certains parents vont privilégier le système allemand à cause de cet examen. Par ailleurs, je tiens à dire que j’aime beaucoup travailler avec les consuls de Stuttgart et de Munich, ainsi que toutes leurs équipes. C’est important de travailler main dans la main au service de nos concitoyens.

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

En Allemagne, il y a une certaine discipline qui fait gagner du temps, notamment dans la tenue des réunions : quand c’est une heure, c’est une heure et pas deux ! Côté santé, il y a énormément de prévention faite ici par des institutions publiques, alors qu’en France c’est plutôt fait par des associations. C’est très important, car ce sont des dépenses évitées et donc des économies, et surtout une vie en meilleure santé.

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

La situation en Allemagne est également anxiogène. Il y a toujours eu des crises politiques, dans tous les pays. Les élus doivent avoir la sagesse de manier ces conflits. J’espère que le bon sens va triompher, et qu’on va continuer à travailler avec l’Europe et pour le franco-allemand. Je ne fais pas confiance aux 2 extrêmes, dans les 2 pays, pour changer la situation. Aux autres de travailler ensemble !

Enfin, en tant que Française de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

J’ai la chance d’avoir de la famille encore en France, ce qui est un lien important. J’habite dans le Baden, où il y a une vraie influence française. Mon mari est allemand, mais il est très français sur certains aspects, et mes enfants sont bilingues. La politique m’a aidée à renouer avec mon propre pays. Ça me permet de suivre toutes les informations et d’être impliquée. C’est pour ça que c’est beau de s’engager, encore plus lorsque l’on est une femme !

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