Portrait d’une élue à votre service : Amélie Leclercq (Sofia, Bulgarie)

Amélie Leclercq, Française de Sofia (Bulgarie), vit depuis plusieurs années en Bulgarie où elle a créé son entreprise et s’investit activement dans la vie associative francophone. Élue conseillère des Français de l’étranger, elle s’engage au quotidien pour accompagner concrètement ses compatriotes et faire connaître le rôle essentiel des élus consulaires.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

Bonjour à toutes et à tous, j’habite depuis neuf ans en Bulgarie. J’ai créé mon entreprise en 2019 et mon activité a 2 aspects : développer le tourisme francophone en Bulgarie et accompagner entreprises et employés dans la conduite du changement.

Par ailleurs, je suis très active dans Sofia Accueil, l’association des francophones de Sofia. Venez visiter la Bulgarie, la Macédoine du Nord, vous ne le regretterez pas !

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

J’ai toujours été impliquée dans des activités au service du collectif, que ce soit professionnellement dans la gestion des tribunaux, que ce soit par le bénévolat au service de l’insertion sociale, de l’égalité femmes/hommes ou du développement durable. L’engagement au sein de Renaissance m’a paru un prolongement évident de mon souci du service au public.

Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élu ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?

Je suis une élue locale que mes concitoyens et concitoyennes contactent pour obtenir un soutien sur des questions concrètes. J’apprends en faisant et cela permet de débloquer certaines situations.

Je suis d’ailleurs frustrée qu’aussi peu de personnes connaissent le rôle d’une conseillère (élue) des FdE et j’en parle beaucoup autour de moi pour en faire connaître toutes les facettes et encourager les électeurs à voter lors des élections consulaires. Pour ce faire, comme nous sommes une très petite communauté française sur les 6 pays que je représente, les contacts personnels sont les plus importants.

As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élu des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.

Actuellement, je suis mobilisée sur la question des aides pour les enfants français en situation de handicap et ayant besoin d’un AESH. Je milite pour qu’une seule MDPH en France soit compétente pour toutes les demandes émanant des FdE. Mais j’apprends parfois que des personnes sont rentrées en France car trouvant que l’accompagnement au quotidien du handicap dans un pays des Balkans n’est pas suffisant. Il est vrai que ces pays ont beaucoup de chemin à faire sur ce sujet. Pour les enfants français, j’essaie de renforcer la concertation avec les proviseurs des lycées français.

Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?

J’ai une bonne relation avec le député de notre circonscription mais aussi avec d’autres députés et sénateurs qui s’intéressent à notre région. J’ai découvert l’importance des groupes d’amitié bilatéraux de l’Assemblée nationale et du Sénat pour sensibiliser aux problématiques spécifiques de notre zone. Serait-il possible que les assistants parlementaires travaillent plus systématiquement avec nous ? Il y a encore des trous dans la raquette !

J’essaie à la fois de faire remonter des informations sur la situation locale et aussi d’obtenir des appuis lorsque cela est nécessaire pour trouver une solution à une situation de blocage avec l’administration française. Attention, ce n’est pas du piston, je m’appuie sur la connaissance des droits des FdE pour mettre de l’huile dans les rouages. Souvent, il s’agit de situations où l’employé traitant un dossier ne connaît pas les spécificités des FdE

Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?

Certaines associations sont même membres de droit des conseils consulaires et leur connaissance du terrain est cruciale. Les chambres de commerce bilatérales sont aussi des associations cruciales pour l’influence française à l’étranger. Je suis aussi toujours membre de l’association des francophones à Sofia. Mais nous sommes une petite communauté et certains pays des Balkans n’ont pas d’association représentant les Français du pays.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?

5 des pays de ma circonscription sont en dehors de l’Union européenne et les droits des Français sont couverts par des conventions bilatérales qui sont souvent anciennes et qu’il faudrait adapter. C’est particulièrement important pour certaines situations conflictuelles tels que le paiement des pensions alimentaires.

Chaque pays implique des règles différentes en matière de reconnaissance et d’exécution des jugements. Il manque aussi un mécanisme simple pour recouvrer les pensions alimentaires en France. Maintenant que j’ai une vision globale des cas de figure, j’envisage de travailler sur ce sujet avec les commissaires de justice et les postes diplomatiques.

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

Les Bulgares sont fiers de leur pays, malgré les difficultés des transformations depuis la chute du communisme. Cela peut être aussi bien une force qu’un piège lorsque la fierté repose sur une lecture au premier degré de l’histoire du pays.

J’aimerais que les Français connaissent mieux leur pays dans toutes ses composantes : historique, culturelle, économique, tout en reconnaissant aussi bien les apports que les erreurs de notre passé. Sachons parler des entreprises françaises leader sur leur marché et pas seulement des produits de luxe.

Apprenons en plus sur les coopérations universitaires et de recherche entre la France et nos pays de résidence. Mais je vois aussi beaucoup de points communs car il s’agit de deux pays européens. Les Bulgares viennent d’ailleurs de démontrer qu’ils savent aussi manifester !

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

Nous sommes dans une situation mouvante et au quotidien, un peu plus de stabilité serait la bienvenue. Je suis parfois submergée, il ne m’est pas possible de suivre tous les sujets de débat correctement.

En même temps, je note les efforts naissants pour changer notre culture nationale de la confrontation et arriver à trouver des positions de compromis. Il me semble que nous sommes encore en train d’apprendre comment construire la démocratie. Cela demande que chaque citoyen et citoyenne prenne du temps pour approfondir ses connaissances et participer aux débats de manière informée.

Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

La France est à moins de trois heures d’avion. Il est donc plus facile de garder ainsi le lien avec la France. Cela passe par la famille, les amis, mais aussi l’engagement dans Renaissance pour aborder les sujets de société de façon plus approfondie et interactive qu’en lisant les grands titres des médias.

Je ne suis jamais aussi française que quand j’habite à l’étranger. Que ce soit en Bulgarie ou auparavant en Belgique, je suis constamment questionnée sur tel ou tel aspect de la culture ou de la politique française.