Mathis Cayuela, installé à Vientiane au Laos, met son énergie au service de la scolarisation des enfants et du développement d’activités locales pour renforcer le lien social dans sa communauté d’expatriés. Profondément attaché aux valeurs de solidarité et d’entraide, il s’implique dans des initiatives concrètes qui favorisent le partage, l’éducation et le soutien aux familles françaises sur place. Dans ce portrait, il évoque aussi les défis de la vie loin de la France, sa vision d’un engagement citoyen vivant et la manière dont il contribue à faire rayonner les Français de l’étranger.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Bonjour ! Je m’appelle Mathis, j’ai 26 ans et je travaille dans la coopération internationale. Cette expérience me permet aujourd’hui de vivre à Vientiane, la capitale du Laos, où je découvre au quotidien la richesse culturelle, le mode de vie paisible et les défis spécifiques auxquels les communautés locales et françaises sont confrontées.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Mon engagement auprès des Français de l’étranger vient directement de mon expérience personnelle. J’ai toujours été très impliqué dans la « vie de la cité » en France. Partir à l’étranger pour mes études puis pour mon travail n’a rien changé à cette envie : je voulais continuer à m’investir pour le bien commun.
Vivre hors de France m’a ouvert de nouvelles perspectives et m’a vraiment fait prendre conscience des défis auxquels sont confrontés les Français de l’étranger. En voyant tout cela au quotidien, j’ai eu l’envie d’agir concrètement et de m’investir pour être utile.
Le tissu associatif à l’étranger est particulièrement dense, quelle est ta vision pour soutenir et mettre en avant ces initiatives locales ?
En effet, les associations (et surtout les femmes et les hommes, souvent bénévoles, qui les font vivre) sont un pilier des communautés françaises. Dans les pays où j’ai eu la chance de vivre, je me suis toujours beaucoup investi dans des associations, et ça m’a vraiment fait réaliser l’importance de faire connaître ces initiatives locales pour mieux les soutenir.
Pour que ce soutien soit efficace, il faut aussi leur simplifier la vie. Beaucoup d’associations commencent simplement, autour de quelques personnes motivées, et prennent de l’ampleur. Mais les démarches administratives peuvent vite décourager.
En facilitant l’accès aux aides et en accompagnant les projets sur le plan administratif ou financier, on peut vraiment renforcer leur impact. Enfin, je crois beaucoup à l’idée de créer du lien : entre associations, élus et institutions. Cela permet de partager les bonnes pratiques, d’éviter les doublons et surtout de multiplier les initiatives locales qui font réellement la différence.
Que penses tu de la représentation politique des Français établis hors de France ? Quel devrait-être selon toi le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger ?
Représenter tous les Français, où qu’ils vivent, est vraiment essentiel. Les Français établis à l’étranger font pleinement partie de la vie de la nation, et leur voix doit être entendue à Paris.
Dans les faits, ce n’est pas toujours si simple. Les circonscriptions sont immenses et très diverses. Par exemple, la 11ᵉ circonscription, où se trouve le Laos, regroupe 49 pays avec des réalités très différentes ! Les dispositifs existent (conseillers, députés, sénateurs, Assemblée des Français de l’étranger) mais je trouve qu’ils sont encore trop peu connus et pas toujours clairs.
Beaucoup de Français à l’étranger ne savent pas vers qui se tourner ni quel est exactement le rôle de leurs représentants. Et pour être honnête, je m’inclus dedans!
Pour moi, le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger est avant tout local et de proximité. Il doit écouter les besoins concrets pour pouvoir orienter et proposer des solutions adaptées. Il doit aussi faire remonter les préoccupations aux autorités et jouer un vrai rôle de lien entre Français, institutions et acteurs locaux, pour renforcer la cohésion et faciliter l’intégration.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ?
Grâce à mon expérience personnelle et aux nombreuses discussions que j’ai eues avec des Français vivant au Laos, il est clair que nous faisons face à des défis très concrets, liés à la fois au contexte local et à l’éloignement des services français.
- Le premier défi, c’est l’accès aux services et à l’information. La communauté française étant relativement petite et dispersée, certaines démarches administratives ou l’accès à une information claire peuvent être compliqués, surtout pour les personnes isolées ou nouvellement arrivées, qui ne savent pas toujours vers qui se tourner.
- Un autre enjeu majeur, c’est la protection sociale et sanitaire. L’accès aux soins, les questions d’assurance, la couverture sociale ou la prise en charge en cas d’urgence restent une vraie source d’inquiétude, particulièrement pour les plus vulnérables.
- La scolarité des enfants est aussi un défi pour les familles : les options françaises ou francophones sont limitées et souvent coûteuses, ce qui complique l’accès à une éducation conforme aux attentes françaises.
- On constate aussi une fragilité économique bien réelle. Les entrepreneurs, indépendants ou personnes en transition professionnelle doivent évoluer dans un environnement particulier, avec des règles parfois complexes, ce qui peut compliquer leur quotidien.
- Enfin, il y a les risques climatiques, comme les inondations fréquentes, qui impactent directement la vie quotidienne et la sécurité des familles. Dans ce contexte, le rôle du conseiller des Français de l’étranger est vraiment crucial. Il doit être un point de repère accessible, capable de guider et d’accompagner les Français du Laos, tout en faisant le lien avec les acteurs locaux et les institutions françaises, pour trouver des solutions concrètes et adaptées aux réalités locales.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives penses-tu et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
Il y a évidemment beaucoup de différences avec la France, mais c’est justement ce qui rend la vie ici au Laos si enrichissante ! D’abord, le rapport au temps et aux relations est plus calme et simple. Le dialogue et le consensus sont très importants, ce qui rend le quotidien très serein.
Ensuite, la solidarité de proximité joue un rôle central : famille, voisins, communautés s’entraident beaucoup, surtout là où les services publics sont moins développés. C’est une vraie leçon sur l’importance du lien social. Enfin, le rapport à l’environnement est différent : plus de sobriété, une consommation plus raisonnée et un contact direct avec la nature, qui invite à réfléchir à des modes de vie plus durables.
Toutes ces différences me donnent du recul, me font prendre conscience de ce que la France fait de bien et m’aident à voir ce qu’elle pourrait parfois faire autrement.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
En ce moment, la situation politique en France n’est pas simple. Le débat est très polarisé, et il y a une vraie défiance, à la fois entre citoyens et vis-à-vis des institutions. C’est encore plus marqué chez les jeunes de mon âge ! Néanmoins, avec le recul que donne le fait d’être à l’étranger, je reste confiant et admiratif de la vitalité démocratique française.
Même quand les débats sont tendus, ils montrent que les citoyens sont vraiment engagés. Partout dans le monde, les Français ont un avis, et ils n’hésitent pas à le faire entendre. Je crois que c’est en poursuivant le dialogue, en s’écoutant les uns les autres et en construisant des compromis que l’on pourra redonner du sens à l’action publique, en montrant concrètement son utilité dans la vie des citoyens, en France comme à l’étranger.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Mon téléphone est mon meilleur allié ! Même à plus de 9 000 km et avec 6h de décalage horaire, je reste très connecté à la France : je parle à mes proches, je suis l’actualité, et ne perds jamais le fil de ce qui se passe chez nous. Enfin, il me sauve la vie en cuisine ! Grâce à lui, je retrouve toutes nos recettes françaises et je peux faire découvrir notre gastronomie à mes amis laotiens.