Installé à Arlington depuis 14 ans, Christophe Semanaz est fortement engagé dans la vie associative francophone locale et dans des actions de solidarité. Fort d’un parcours en informatique et entrepreneuriat, il œuvre pour renforcer les liens entre Français de la circonscription, quels que soient leurs parcours. Il partage dans ce portrait sa vision d’une communauté plus structurée et connectée à la France malgré la distance.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
J’habite en Nouvelle-Angleterre depuis 14 ans. Je connais bien la région puisque j’ai habité successivement à Brookline, Somerville, puis Arlington. Je suis fortement impliqué dans le tissu associatif local francophone, notamment avec Boston Accueil, où je pratique le théâtre, le vélo et le chant choral.
Je suis également engagé dans le milieu associatif américain : je participe bénévolement à Arlington Eats, qui aide à nourrir les personnes les moins favorisées, et j’ai arbitré des matches de soccer de jeunes.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Mon parcours professionnel a été varié et assez complet. Après une formation initiale en développement logiciel, j’ai travaillé quelques années dans le domaine de l’intelligence artificielle (dans les années 90 !) avant de vendre des solutions de développement logiciel à l’international.
Après un master en business à l’IAE Paris-Sorbonne, j’ai cofondé une société dans le domaine de la garde d’enfants. J’y ai développé la plateforme données et web, et j’en ai assuré la gestion. J’ai vendu mes parts de cette société avant de venir aux États-Unis, où j’ai suivi mon épouse et me suis occupé de la famille.
J’ai toujours été intéressé par la politique, l’analyse des situations, l’écoute, la pédagogie et la recherche de compromis. Même loin de la France, je m’intéresse beaucoup aux préoccupations des Français, de ma famille et de mes enfants, aujourd’hui retournés en Europe.
En Nouvelle-Angleterre, nous avons une communauté française forte, notamment via les écoles françaises et les associations francophones. Mais les liens entre ces deux mondes peuvent être améliorés, afin que l’on puisse à la fois être français et résident américain. C’est à cela que je souhaite contribuer.
Que penses tu de la représentation politique des Français établis hors de France ? Quel devrait-être selon toi le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger ?
Le conseiller des Français de l’étranger devrait créer des liens au sein de la communauté établie dans la circonscription. Étant le seul élu, il doit contribuer à resserrer cette communauté.
En pratique, en Nouvelle-Angleterre, il existe peu de liens entre les étudiants (présents pour six mois à quatre ou cinq ans) et la communauté installée de longue date. Il n’y a par ailleurs quasiment aucun lien entre les Français vivant dans le Vermont et ceux de Boston.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ?
Les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans la circonscription sont :
- l’accès à des écoles françaises ou bilingues à un prix abordable ;
- la création d’un véritable réseau des Français de la circonscription, à la fois pour la convivialité et pour l’entraide, par exemple via l’échange de logements ou de meubles entre partants et nouveaux arrivants, ou encore l’accueil d’étudiants français venant pour un semestre ou une année ;
- le remboursement des soins lors des séjours en France.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives penses-tu et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
Aux États-Unis, la santé et l’enseignement supérieur sont payants et très chers. En France, ils sont quasiment gratuits. Cependant, en France, la qualité de l’enseignement baisse et les déserts médicaux se multiplient.
Il serait utile de faire payer un peu plus la santé en France — tout en restant bien moins cher qu’aux États-Unis — afin de rémunérer les médecins à la hauteur de leurs huit ou dix années d’études.
Il serait également intéressant de faire payer davantage les études supérieures, là encore à un niveau inférieur à celui pratiqué aux États-Unis. Cela présenterait plusieurs avantages :
- encourager les adolescents à se tourner vers des métiers manuels ou industriels, ce qui semble aujourd’hui crucial ;
- permettre de mieux rémunérer les enseignants, dans le supérieur comme ailleurs ;
- décourager les premières années “pour voir”, suivies de réorientations. Aux États-Unis, les adolescents font souvent une année de césure après le lycée : ils travaillent et réfléchissent à leur orientation, ce qui est souvent plus productif ;
- la « smicardisation » actuelle de la France provient en grande partie d’un pari raté : les études supérieures ne permettent plus d’accéder à de bons salaires. Il faut en parler et encourager ceux qui ont le moins de chances de tirer profit d’études longues à envisager d’autres voies.
Puisque boucler le budget de l’État est une gageure, il serait pertinent de mieux faire contribuer ces services cruciaux. Ce serait bénéfique à court comme à long terme.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Je me rends en France deux fois par an ; mes enfants et ma famille y vivent. Je lis régulièrement Le Monde, Les Échos et L’Équipe. Je pratique le théâtre en français à Boston, au sein de la communauté de Boston Accueil. Je conserve ainsi un lien étroit et vivant avec la France.