Charles Laffitte, installé à Francfort-sur-le-Main, combine son expérience professionnelle avec un engagement associatif fort pour renforcer le lien entre les Français expatriés et leurs institutions. Dans son interview, il explique comment il s’implique au quotidien pour soutenir les projets locaux, encourager le rôle des associations francophones et répondre aux besoins concrets de la communauté. Il partage aussi sa volonté de favoriser une représentation citoyenne vivante et d’être un acteur utile pour les Français établis hors de France.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Je suis arrivé à Francfort en 2024 dans le cadre d’un contrat V.I.E., après un parcours universitaire et professionnel international entre la France, l’Italie et l’Inde (missions freelance en communication, design UX/UI et business development). Sur le plan associatif, je suis très engagé dans la vie locale : au sein de la communauté V.I.E. de Francfort, ainsi que dans l’association La Tech Frankfurt, qui rassemble les acteurs de l’écosystème tech franco-allemand.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Je me suis engagé politiquement en janvier 2022, convaincu par le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, sa vision européenne et sa volonté de dépasser les clivages traditionnels. Vivant aujourd’hui en Allemagne, je constate que de nombreux Français établis ici, parfois depuis plusieurs générations, ne se sentent plus concernés par la vie politique française, alors même que les enjeux les touchent directement. Qu’il s’agisse de l’amitié franco-allemande, des questions économiques, l’engagement de la France à l’étranger est essentiel. C’est cette conviction qui nourrit mon engagement pour les Français de l’étranger.
Le tissu associatif à l’étranger est particulièrement dense, quelle est ta vision pour soutenir et mettre en avant ces initiatives locales ?
Dans notre circonscription, les associations françaises jouent un rôle central et constituent un véritable pilier d’entraide et de lien social. Je m’implique activement dans la communauté locale, que ce soit au sein des associations dont je suis membre ou en participant régulièrement aux évènements francophones organisés par exemple par Francfort Accueil, le Club des Affaires de la Hesse ou le Consulat général. Je suis convaincu qu’il est essentiel de consulter régulièrement ces associations, de les écouter et de favoriser les synergies entre elles, mais aussi avec les institutions françaises. Les élus de Renaissance, en Allemagne comme en France, ont un rôle clé à jouer pour soutenir et accompagner ces initiatives lorsque cela est nécessaire.
Que penses tu de la représentation politique des Français établis hors de France ? Quel devrait-être selon toi le rôle d’un conseiller des Français de l’étranger ?
La représentation politique des Français de l’étranger reste encore largement méconnue. Trop peu de Français connaissent le rôle, ou même l’existence, des conseillers des Français de l’étranger. Pourtant, leur mission est essentielle : être un relais de proximité entre les Français de l’étranger, les associations et l’administration française, défendre leurs droits et faire remonter leurs besoins concrets. Depuis mon arrivée à Francfort, je suis en contact régulier avec l’équipe du député de notre circonscription, Frédéric Petit, ainsi qu’avec le conseiller des Français de l’étranger Jean-Marie Langlet, ce qui me permet de mieux comprendre les enjeux et le fonctionnement de cette représentation.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ?
Les principaux défis rencontrés par les Français de la 2ᵉ circonscription d’Allemagne concernent l’emploi, l’intégration, l’accès aux services consulaires — notamment pour les Français vivant dans des zones plus reculées — ainsi que l’adaptation culturelle. Je pense également aux jeunes Français qui arrivent seuls en Allemagne pour une courte période : échanges Erasmus, stages ou contrats V.I.E. Les difficultés d’intégration peuvent être importantes, d’autant plus lorsqu’ils ne maîtrisent pas la langue à leur arrivée. Beaucoup repartent en France à la fin de leur mission, parfois faute d’accompagnement ou de sentiment d’appartenance.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives penses-tu et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
L’administration française est très centralisée, avec des procédures parfois complexes et des délais variables, tandis que l’Allemagne accorde une plus grande autonomie à ses Länder. Le système éducatif français reste également très académique, avec une forte valorisation des études longues, là où l’Allemagne met davantage en avant l’apprentissage et les parcours professionnels diversifiés. Enfin, la vie associative est particulièrement développée en Allemagne, avec une culture très ancrée du bénévolat et de l’engagement local. Dans une société française de plus en plus fracturée socialement, il me semble essentiel d’encourager davantage le bénévolat et les associations locales afin de renforcer le lien social et la cohésion territoriale.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
La situation politique en France est préoccupante, d’autant plus qu’elle s’inscrit dans un contexte mondial de montée des extrêmes. Nous avons parfois tendance à oublier notre histoire et les risques que cela comporte. Il est indispensable de réinvestir le terrain, d’aller davantage à la rencontre des citoyens et de recréer du dialogue. Les élections consulaires sont un levier important, mais elles ne suffisent pas : l’engagement doit être continu pour montrer aux Français qu’une alternative responsable et européenne est possible.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Je participe autant que possible aux évènements francophones organisés par les associations et le consulat général, et j’ai à cœur de rencontrer des Français venus de cercles très différents. Je rentre régulièrement en France pour voir ma famille et mes amis, et me rends souvent à Paris pour participer aux séminaires de Renaissance, afin de rester pleinement connecté à la vie politique française.