Rémy Crégut est élu Conseiller des Français de l’étranger auprès du Consulat de Genève en mai 2021. Figure centrale de la scène culturelle de Suisse romande, ce Français de Montreux s’engage au quotidien pour ses compatriotes dans son mandat et au sein des organismes économiques franco-suisses.

Bonjour Remy, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
J’habite à Montreux en Suisse où je suis arrivé en 2005 pour diriger le Centre de Congrès et de Musique, une fonction que je viens de quitter fin 2024. Je suis né à Nîmes, et très jeune je suis parti travailler en Californie, et entamer une carrière professionnelle internationale à Paris, au Maroc, à Roissy, à Marne la Vallée, à Monaco, à Cannes, puis au Pays-Bas avant d’arriver en Suisse.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Pour être très honnête, initialement mon engagement en politique n’était pas lié aux Français de l’étranger, mais à ma volonté de voir éclore une nouvelle alternative politique en France, celle proposée par Emmanuel Macron. J’ai donc fait campagne en 2017 pour l’élection Présidentielle, puis les élections législatives suivantes, et c’est à ce moment-là que j’ai découvert l’existence de Conseillers des Français de l’étranger. On m’a alors sollicité pour intégrer la liste « En marche » pour les élections consulaires de 2021, et j’ai été élu « délégué des Français de l’Etranger ». Après l’élection en 2022 d’Eléonore Caroit à l’Assemblée nationale, je suis devenu Conseiller FdE et j’ai intégré le Conseil Consulaire.
Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élu ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?
J’éprouve de la satisfaction à aller au-devant de mes compatriotes résidant en Suisse, à découvrir une richesse de personnes diverses et variées, à comprendre leurs histoires, à partager nos expériences respectives, et à leur apporter assistance lorsque cela m’est possible. En Suisse, nous avons également la chance d’avoir une relation extrêmement fructueuse et efficace avec le Consul Général de France et ses équipes, et une relation très fluide et respectueuse au sein du Conseil Consulaire. Nous œuvrons ensemble pour le bien du plus grand nombre, avec intelligence et consensus.
Je regrette bien sur le fait que les Français de Suisse ne connaissent trop souvent pas notre existence et notre rôle.
En Suisse, nous avons la plus grande concentration de Français vivant à l’étranger, mais trop peu d’entre eux sont inscrits au Consulat par pure nécessité et sans réelle connaissance tous les avantages que leur procure cette inscription. La proximité géographique avec la France n’y contribue pas évidemment, et les moyens de communications du Consulat sont malheureusement trop faibles pour communiquer avec régularité au plus grand nombre.
As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élu des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.
Bien que j’avoue être finalement peu sollicité par nos compatriotes, je me souviens d’une dame âgée résidant dans le canton de Vaud, qui après 40 ans de mariage avec un Suisse Fribourgeois, avait enfin réussi à le convaincre de devenir comme elle binational. Pour faire plaisir à son épouse il avait finalement accepté de demander la nationalité française, mais voilà que la procédure exigeait que ce dernier fasse un examen de français, et il s’y refusait estimant que sa scolarité à l’École Hôtelière de Lausanne, il y a 50 ans, justifiait pleinement de son niveau. J’ai pu les orienter vers l’EHL pour obtenir un certificat d’études en français.
Un moment plus solennel, le 9 juin 2023, lorsque j’ai pu accompagner notre député de l’époque et actuel ministre, Marc Ferracci, lors de la visite du Président de la République à Annecy, pour témoigner du soutien des français de Suisse aux Annéciennes et Annéciens touchés par une horrible attaque au couteau.
Ou encore plus fréquemment l’émotion ressentie par nos nouveaux compatriotes lors des cérémonies d’entrée dans la citoyenneté française qui sont organisées à la résidence consulaire.
Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?
En tant qu’élus de la majorité, nous avons la chance d’avoir une relation étroite avec notre député, Marc Ferracci et maintenant Marie-Ange Rousselot qui lui a succédé. Leurs présences fréquentes en Suisse nous permet d’échanger régulièrement avec eux et leur faire remonter les sujets qui touchent les français de suisse. Cela nous permet également d’informer régulièrement nos concitoyens sur leurs actions et celles du gouvernement, notamment celles qui les touchent directement. Les visites de nos sénateurs, certes moins régulières, nous permettent également d’avoir des moments d’échanges très utiles.
Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?
Effectivement ces associations jouent un rôle clé dans l’animation de la vie française en Suisse et elles nous convient systématiquement à leurs activités, un excellent moyen pour garder le contact avec nos concitoyens. Il en va de même avec les activités de l’Ambassade et du Consulat qui n’omettent jamais de nous convier à leurs différents événements. Il n’est malheureusement pas possible d’être présents à tous ces événements et personnellement je me consacre sur les communautés économique et culturelles, notamment au travers de la CCI France Suisse qui est très active, ou encore l’association des grandes écoles françaises. Les relations économiques Franco-Suisse étant très développées, cela permet de rencontrer de nouveaux arrivants, entrepreneurs ou cadres d’entreprises suisses et françaises.
Enfin il y a les réseaux sociaux qui permettent également de prendre le pouls des français qui arrivent en Suisse et leur apporter conseils et informations.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?
Comme je l’ai dit précédemment, la proximité entre la France et la Suisse Romande n’incite pas nos compatriotes à se tourner vers leurs élus et leur consulat. Les sujets prédominants sont la fiscalité, les retraites et les questions d’héritage.
Ma priorité sera pour l’avenir de continuer à mieux faire connaitre notre action et celles du consulat auprès des Français de Suisse, dont notamment les associations à vocation culturelle et au service des Français de Suisse lesquelles méconnaissent les aides auxquelles elles pourraient prétendre.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
En tant que Franco-Suisse depuis 5 ans, je ne peux que souhaiter voir la France s’inspirer du fonctionnement des institutions Suisses, et de leurs élus. La notion de compromis et la recherche de consensus y sont omniprésentes, dans le seul but de servir le bien commun, avant de servir les intérêts d’un parti. La formule gagnante : une forte décentralisation avec une séparation verticale des pouvoirs (État Fédéral, Cantons et Communes), un système de démocratie directe efficace et un pouvoir fédéral limité au principe de subsidiarité.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
J’en éprouve un sentiment de tristesse face aux divisions qui y règnent, mais je crois fermement en un possible renouveau politique et sociétal, avec un nouvel état d’esprit dans la manière de faire de la politique et servir le pays, seul moyen pour redonner aux français l’envie de s’engager dans la vie politique, ou d’y participer.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Je conserve en France une grande partie de ma famille ainsi qu’un vaste réseau amical et professionnel. Je m’y rends fréquemment puisque mes enfants habitent à Paris et je bénéficie d’une résidence secondaire en Camargue, une région à laquelle je suis très attachée. Et puis historiquement la Suisse Romande vit au quotidien avec la France, et elle suit avec beaucoup d’attention ce qui s’y passe, politiquement, socialement, culturellement et économiquement. Il est d’ailleurs intéressant d’observer le succès des humoristes romands en France.