Remi Provendier, conseiller des Français de l’étranger à Singapour et ancien député, revient sur son engagement auprès des Français installés à Singapour après un parcours professionnel international dans la fintech et l’entrepreneuriat. Il met en avant son travail de proximité pour accompagner la communauté, écouter ses préoccupations et trouver des solutions concrètes au quotidien en collaboration avec les services consulaires, les élus et les associations.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Je suis arrivé à Singapour il y a bientôt dix ans, après un passage par San Francisco avec mon épouse et nos deux enfants. Je travaille dans la fintech. Mon épouse et moi avons des contrats locaux avec un visa de travail qui se renouvelle tous les 3 ans.
Mon parcours est hybride : à la fois dans de grands groupes internationaux et aussi dans l’entrepreneuriat et les startups. Cette diversité m’a appris à rester curieux, agile et orienté solutions trois choses qui guident aussi mon engagement public.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
L’engagement fait partie de mon ADN. J’ai grandi dans une famille où l’on consacrait du temps aux autres : Amnesty International, ATD Quart Monde… et même les campagnes municipales auxquelles ma mère participait lorsque j’étais collégien. J’ai très tôt compris que donner de son temps pouvait réellement changer des vies.
À l’âge adulte, j’ai naturellement poursuivi cet engagement : défense de l’accès à la cantine pour tous les enfants dans ma commune, soutien à des associations de solidarité en France et à l’étranger.
Ma rencontre avec Emmanuel Macron, de passage au consulat de San Francisco en 2016, a renforcé mes convictions progressistes, à la fois sociales et ouvertes sur l’innovation. Sa vision positive de la France et de l’Europe m’a alors convaincu de m’investir en rejoignant le mouvement En Marche.
Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élu ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?
Ce que j’aime le plus dans mon mandat, c’est la proximité avec nos compatriotes. Être élu conseiller des Français de l’étranger, c’est d’abord être utile : écouter des situations très différentes, comprendre les réalités du quotidien, apporter des solutions concrètes, mais aussi structurer au niveau national des propositions sur des sujets essentiels comme le retour en France ou l’accès aux services depuis l’étranger.
Lorsqu’un Français de Singapour me dit que mon intervention a permis de débloquer une situation, même modeste, c’est profondément gratifiant.
J’apprécie également énormément la collaboration avec l’ambassade et le consulat. Ce sont des équipes engagées, réactives, toujours prêtes à trouver des solutions dans l’intérêt des Français. Travailler avec elles donne tout son sens à ce mandat.
Concernant les frustrations, je dois dire que je n’en ai pas vraiment. Les sujets peuvent être complexes, les démarches parfois longues, mais je choisis toujours de prendre les choses du bon côté. Ma philosophie est simple : rester positif, travailler avec dynamisme et donner le meilleur.
Et bien sûr, comme tout élu de proximité, un petit message de remerciement de temps en temps fait plaisir. Ce n’est jamais une attente, simplement un encouragement qui touche.
As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élu des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.
Deux anecdotes me viennent immédiatement à l’esprit, car elles illustrent ce que peut être l’action concrète d’un élu des Français de l’étranger.
La première concerne le dispositif de lutte contre les violences faites aux femmes, mis en place à Singapour par un groupe d’avocats en collaboration avec le barreau de Paris, l’ambassade de France et la Law Society Pro Bono Services. C’est un dispositif remarquable, conçu pour être répliqué dans d’autres pays afin d’apporter un soutien essentiel aux femmes victimes de violences.
En échangeant régulièrement avec sa fondatrice, Chloé Vialard, je cherche toujours comment mon rôle d’élu peut contribuer : créer des rencontres, ouvrir des portes, apporter un appui institutionnel lorsque c’est utile.
Lors du passage à Singapour de notre ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, j’ai ainsi tenu à organiser une rencontre entre lui et Chloé afin que son ministère puisse mieux connaître le dispositif et envisager des moyens d’accompagner son développement. Pour moi, c’est exactement cela, être un élu utile : aider à faire avancer des projets qui protègent, soutiennent et transforment positivement des vies.
La deuxième anecdote remonte au début de mon mandat. Un samedi matin, je reçois l’appel d’un père dont le fils avait été arrêté dans la nuit et placé en garde à vue pour un fait qui, dans de nombreux pays, n’aurait même pas entraîné de déplacement de la police.
Je dois avouer que sur le moment, j’étais moi-même un peu paniqué : comment réagir ? Comment aider efficacement ? J’ai commencé par écouter longuement, poser des questions pour bien comprendre les faits et la situation. Cela m’a ensuite permis d’alerter immédiatement l’ambassade, qui a pu intervenir dans le cadre de la protection consulaire et obtenir les informations nécessaires pour que tout soit géré correctement.
Cet épisode m’a rappelé combien l’écoute, la disponibilité et le lien direct entre l’élu et les familles peuvent faire la différence dans des moments d’angoisse.
Ces deux situations très différentes ont un point commun : elles montrent que notre action, parfois discrète, peut réellement soutenir nos compatriotes lorsqu’ils en ont le plus besoin.
Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?
Depuis le début de mon mandat, je travaille en étroite collaboration avec notre députée Anne Genetet, qui m’a témoigné une grande confiance en me proposant d’être son suppléant lors des élections de 2024.
Lorsque j’ai eu l’honneur de la remplacer à l’Assemblée nationale, j’ai exercé cette responsabilité dans la continuité de mon engagement : écouter, comprendre et représenter tous les Français de l’étranger, dans leur diversité, leurs réussites et leurs défis.
Mon action s’inscrivait dans une double dynamique : identifier les sujets transversaux de la région qui nécessitent une mobilisation nationale, et m’impliquer sur les problématiques spécifiques de chaque pays en collaborant de manière étroite avec les élus locaux et les associations. J’essaie également de valoriser l’image des Français de l’étranger, qui sont de véritables ambassadeurs de la France par leur énergie, leur créativité et leur attachement à nos valeurs.
Aujourd’hui encore, je travaille aux côtés d’Anne et de son équipe avec la même volonté de construire, d’écouter et de faire progresser les dossiers importants pour nos compatriotes.
À titre d’exemple, je me suis assuré que le groupe Ensemble pour la République apporte tout son soutien à la proposition du Sénat visant à supprimer les trois mois de délai de carence lors du retour en France.
Le retour en France est une étape exigeante, tant sur le plan organisationnel (logement, école…) qu’émotionnel. Une prise en charge immédiate par la Sécurité sociale permet d’apporter aux familles la sécurité et la sérénité nécessaires pour aborder ce moment clé dans les meilleures conditions.
Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?
Au même titre que les élus, les associations jouent un rôle absolument essentiel pour notre communauté. Elles sont souvent le premier point de contact pour les nouveaux arrivants, un espace d’intégration, de soutien et de convivialité. Elles animent la vie française à Singapour et contribuent à créer ce lien si particulier qui nous unit à des milliers de kilomètres de la France.
Dans mon quotidien d’élu, je travaille main dans la main avec elles : je les écoute, je relaye leurs préoccupations, je facilite les mises en relation lorsque c’est utile, et j’essaie d’apporter des solutions concrètes aux sujets qu’elles rencontrent. Nous formons une véritable communauté d’action.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?
Les Français de notre circonscription vivent des parcours riches, mais ils sont encore confrontés à deux grandes difficultés. La première, c’est le retour en France, qui devrait être un moment d’apaisement et de transition, mais qui devient parfois un véritable casse-tête : Sécurité sociale, accès au logement, démarches dispersées…
La seconde difficulté concerne l’accès aux services publics à distance. Pour beaucoup, renouveler un passeport, prouver son identité ou voter en ligne reste compliqué alors que les outils existent déjà.
Pour la suite de mon mandat, je veux agir avec dynamisme sur ces deux fronts : fluidifier le retour en France, et faire avancer la dématérialisation des services, notamment grâce à l’identité numérique certifiée. Mon objectif reste le même : rendre la vie de nos compatriotes plus simple, plus lisible et plus sereine, où qu’ils se trouvent.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
Ce qui me frappe le plus à Singapour, c’est l’harmonie culturelle. Les quatre grandes communautés (chinoise, malaise, indienne et “autres’) vivent ensemble dans un respect remarquable. Par exemple, les différentes fêtes sont célébrées : du Nouvel An chinois à Hari Raya, en passant par Deepavali et Noël.
La France a une longue tradition de laïcité et de diversité, à laquelle je suis très attaché. Mais observer d’autres façons de favoriser l’harmonie culturelle, comme ici à Singapour, peut aussi nourrir notre réflexion collective.
J’admire également l’efficacité des services publics et la simplicité des démarches administratives. Cette culture de la rapidité et de la clarté apporte une sérénité réelle au quotidien et je pense que nous pouvons progresser dans cette direction.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
Comme tout le monde, j’observe l’instabilité actuelle : les débats parfois chaotiques à l’Assemblée, les recompositions politiques et les changements de gouvernement. C’est une période agitée qui peut donner une impression de fragilité.
Mais en vivant à l’étranger, je constate aussi un autre regard : celui de nos interlocuteurs internationaux, qui voient dans la France un pays solide et dans le Président Macron un leader européen influent. Cette différence de perception rappelle que, malgré nos turbulences actuelles, la France continue de jouer un rôle majeur aux côtés de l’Europe sur la scène internationale.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
Garder le lien avec la France est naturel pour moi : mes enfants vivent en Europe et Paris est devenu notre hub familial. J’y vais deux à trois fois par an pour les retrouver, revoir mes proches et me reconnecter à ce qui fait la force de notre pays : sa culture, son énergie, ses débats et, bien sûr, sa gastronomie. Même à distance, la France reste une présence quotidienne.