Loïc Le Gland est conseiller des Français de l’étranger de la Circonscription de San Francisco et élu à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la circonscription des États-Unis d’Amérique. Né en 1977 à Vannes, il siège à l’AFE au sein de la Commission du Développement durable et du Commerce extérieur et est Secrétaire général du groupe Indépendants, démocrates et progressistes.

Bonjour Loïc, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
Je suis d’abord arrivé à San Francisco pour un stage de fin d’études d’ingénierie en optique qui devait durer seulement 6 mois. Mais 25 ans plus tard, je vis toujours à San Francisco et travaille toujours dans le même domaine, dans les télécommunications, même si les applications se sont bien diversifiées : cloud, datacenters, processeurs d’intelligence artificielle…
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?
Même à 9 000 km de Paris, je suis toujours resté connecté avec la France grâce aux nouvelles locales de mon village de Bretagne ou l’actualité nationale. Mon engagement politique a véritablement commencé en 2016. J’étais alors très inquiet du climat politique morose en France et de voir une forme de résignation toucher nos concitoyens. J’entendais alors un message nouveau venir d’Emmanuel MACRON, et ce sont les réunions du mouvement citoyen En Marche ! qui m’ont ancré dans la dynamique. Avant, je me refusais de me considérer comme politique, et à travers En Marche !, je voulais que tout le monde fasse de la politique, que la politique soit accessible à tous, même aux Français d’Alaska ou de l’Oregon. Aujourd’hui, je suis membre de Territoires de Progrès, parti social-démocrate proche de la majorité présidentielle, et je continue mon engagement en tant que Conseiller des Français de l’étranger.
Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élu ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?
Qu’ils soient en Californie, au Madagascar, au Brésil ou en Finlande, je suis quotidiennement connecté avec d’autres élus locaux avec des défis similaires. La plus grande satisfaction est ce partage de nos défis, de nos solutions parfois créatives et les adapter à toute la communauté française à l’étranger. Évidemment, la frustration est ce sentiment que la France ne profite peut-être pas suffisamment de la communauté française vivant à l’étranger et de ses représentants. Celle-ci est tellement riche d’expériences dont la France pourrait profiter.
As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élu des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.
L’administration française met de plus en plus d’outils numériques pour dématérialiser certaines procédures comme le vote en ligne. Je me souviens de ce mail que j’avais envoyé aux près de 25 000 électeurs de ma circonscription consulaire, uniquement dédié au vote en ligne, en étant le plus instructif possible et en promettant de répondre à toute demande d’aide. J’ai reçu de nombreuses réponses et surtout près de 70 demandes d’aide spécifique, le plus souvent liées à une inscription consulaire erronée, mais aussi sur des sujets très divers comme une connexion mobile qui ne fonctionne pas lors d’un voyage hors des frontières. J’ai même dû expliquer comment changer une carte SIM pour qu’une personne puisse obtenir son code pour voter. C’était anecdotique, mais à chaque événement ponctuel, une solution générale doit toujours être travaillée. Quotidiennement, je pousse à l’utilisation des nouveaux outils, tels que l’identité numérique, l’établissement des procurations en ligne. Je souhaite que la dématérialisation des renouvellements des passeports soit généralisée au plus vite.
Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?
En ce qui concerne notre circonscription, nous avons de la chance que nos députés successifs Roland LESCURE et Christopher WEISSBERG soient à l’écoute malgré les décalages horaires et qu’ils aient mis en place une équipe dédiée et une expertise sur des sujets qui nous touchent.
Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?
Les associations locales permettent aux Français de se retrouver, de s’entraider. Le mandat d’élu permet d’orienter des subventions. Mais n’oublions surtout pas que ces associations sont aussi un vecteur du soft power français, j’ai plus besoin d’elles que l’inverse. Je m’implique quand elles font rayonner notre culture ou notre image au-delà même de la simple communauté française.
Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?
J’ai déjà évoqué la nécessité des outils numériques et les rendre beaucoup plus intuitifs. C’est une priorité pour ma circonscription qui s’étend sur 10 états américains et des territoires du Pacifique. Je suis constamment alerte à tout développement de la part de l’administration française et tâche de partager au maximum à nos ressortissants.
Une autre priorité qui a été un sujet depuis le début de mon engagement : l’Europe hors de l’Europe. D’année en année, nos consulats européens se coordonnent et encouragent leurs associations pour promouvoir notre Europe et ses valeurs. Quand on traverse un océan, l’Europe est plus qu’une idée, mais une identité tellement évidente !
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
Elles sont trop nombreuses pour ne pas en oublier et je veux éviter les clichés sur l’entreprenariat américain. Une grande différence que je relève toujours est le rapport au communautarisme, un fait tabou en France, et une fierté aux États-Unis. C’est une question que je me pose continuellement sur la juste proportion de communautarisme pour qu’une société soit unie. Je n’ai pas la réponse mais si tout le monde se pose cette question, ce sera un progrès.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
De l’étranger, nous voyons le phénomène global de montée des populismes avec une propagande agressive et souvent malveillante. La France n’est pas immunisée face à ce phénomène. Ici, je vois les conséquences d’un grand parti démocrate américain qui a été incapable de se remettre en question, qui n’a pas su se renouveler et qui a laissé le champ libre au populisme, au complotisme et à l’individualisme. Que les forces progressistes et démocratiques de France se remettent en marche ensemble, sources de propositions innovantes et audibles face aux messages de repli sur soi.
Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?
On garde des liens quand on cultive ses identités, souvent multiples pour les Français de l’étranger, mais toujours complémentaires. Quand le drapeau français est hissé sur l’hôtel de ville de San Francisco les 14 juillet, quand des drapeaux européens sont portés par 300 personnes lors d’un défilé de la Gay Pride Parade, quand un drapeau breton décore un festival de musique à Berkeley, la question de garder ses liens ne se pose plus.
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