Portrait d’un élu à votre service : Hugo Plagnol (Helsinki)

Hugo Plagnol, Français d’Helsinki (Finlande), est conseiller des Français de l’étranger, engagé au service de la communauté française en Europe du Nord (Finlande et pays baltes) pour faciliter les démarches et défendre leurs intérêts au quotidien. Architecte de formation, il s’est installé en Finlande après un parcours professionnel international et met son expertise au service d’un engagement concret et de terrain.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

Bonjour. J’habite à Helsinki, en Finlande et je suis architecte spécialisé dans la conception écologique.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

Mais oui : j’ai travaillé à Paris, New York, Zurich et Helsinki. Et, suite à une bourse, je suis revenu en Finlande, où j’ai rencontré ma femme. Quelques années après, j’avais écrit un article dans une revue de sciences politiques, la Revue Tocqueville, comparant les systèmes français et finlandais.

Suite à cela, on m’a proposé d’être tête de liste. Comme beaucoup de Français, j’étais très critique des politiques mais ma fille venait de naître et je me suis dit que je ne pouvais pas refuser de participer.

Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élu ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?

Le plus satisfaisant est toujours d’aboutir à un résultat concret, et cela ne peut se faire qu’en travaillant avec les administrations locales (ambassades, écoles françaises, instituts). Dans de rares cas, l’inertie ou le refus de certains administratifs de travailler avec nous peut être très frustrant et donner le sentiment d’une administration en roue libre, malgré le travail exemplaire d’autres, qui ne comptent pas leurs heures.

Dans les faits, mon mandat est un mandat d’élu local, par essence difficile à circonscrire, ce qui permet de dépasser des attributions strictes. Par exemple, j’ai pu visiter les militaires français déployés à Tapa ou la frontière russe à Rēzekne.

J’ai aussi la chance d’être sur une circonscription particulièrement intéressante, formée d’un collier de quatre petits pays démocratiques et très ambitieux le long de la Russie. À cet égard la Finlande peut se lire de deux façons : horizontalement comme un pays nordique et verticalement comme un pays balte.

As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élu des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.

Oui, outre le travail régulier et organisé sur l’attribution de bourses et les conseils de sécurité, j’ai entrepris un travail de longue haleine pour le rapprochement avec les établissements français publics et historiques d’Helsinki, Tallinn et Riga qui ne dépendent pas de l’AEFE.

Il y a aussi des interventions ponctuelles pour débloquer ou accélérer certaines procédures, comme le remplacement dans l’urgence d’un passeport perdu ou l’aide à l’obtention d’un visa pour un journaliste étranger sous droit d’asile…

Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?

Une question très intéressante ! Il y a une défiance en France vis-à-vis des parlementaires, mais dans notre travail d’élu local, la politisation ne joue pas : nous sommes toujours d’accord avec nos collègues. Par contre, nous votons pour les sénatoriales et évidemment, ces derniers siègent dans un parlement. De là vient notre politisation. Elle est utile car elle permet de se coordonner avec des élus de plus haut niveau, sénateurs ou députés, pour faire avancer certains dossiers et utiliser nos spécialités.

À cet égard, les élus locaux sont un vivier de compétences et d’expertises. Par contre, il faut définir très vite la façon dont on prend ses décisions : pour exercer son mandat en tant que tel ou pour faire une carrière politique. Car le système est pyramidal et il n’y a rien de plus triste que de voir certains élus sacrifier leur mandat pour l’éventualité d’en obtenir un plus grand.

Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?

Les Français de la circonscription sont peu nombreux, bien intégrés et peu communautarisés. Nous travaillons en réalité assez peu avec les très rares associations locales.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?

Si je devais n’en citer qu’un, ce serait l’éducation. En particulier en Finlande et en Estonie qui ont un système éducatif gratuit, excellent, bienveillant et volontairement incompatible avec le développement d’écoles privées étrangères telles que celles de l’AEFE.

C’est pourquoi nous avions créé des établissements d’État à État publics mais contrairement à l’Allemagne, nous nous en sommes retirés et aujourd’hui le contraste est saisissant. Je suis convaincu qu’à long terme, la seule solution est de se rapprocher des établissements français d’Helsinki (j’y vais ce soir) et de Tallinn (j’y ai rendez-vous demain matin).

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

Haha, lors des précédentes sénatoriales, j’avais organisé et dirigé un groupe de travail avec tous les élus des Français des pays nordiques sur dix propositions fonctionnant dans le Nord, à soumettre en France. Oui, il y a de grandes différences, mais aussi des similitudes, en particulier sur le plan économique.

Nous pourrions donc nous inspirer de certaines réussites de la Finlande, notamment dans les domaines de l’éducation et de la construction, qui sont souvent aussi des moyens de réaliser des économies d’échelle.

Deux exemples : Le premier concerne la santé des enfants : en 2017 la Finlande était le pays le plus pro-vaccin de l’UE, alors que la France était l’un des plus réticents. Ce n’est pas un hasard : en Finlande, les enfants sont vaccinés à l’école, tous ensemble. En France, les parents doivent prendre la décision, réserver un horaire, perdre deux heures de travail dans les embouteillages et faire la queue chez un généraliste débordé pour une piqûre de trois secondes. Cela représente une perte de temps et d’argent colossale à l’échelle de la société et un vrai emmerdement pour des parents déjà débordés.

Le second exemple concerne la rénovation : en France, on impose des rénovations appartement par appartement, ce qui est non seulement inefficace sur le plan énergétique comme économique mais surtout qui crée un risque technique pour le bâtiment. En Finlande, ce sont les syndics de copropriété et eux seuls qui ont la responsabilité des éléments communs, intérieurs comme extérieurs, tels que les façades et les fenêtres. Il en résulte des rénovations plus simples, plus performantes et moins coûteuses effectuées par des spécialistes.

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

Tout d’abord, et les Français de l’étranger le savent bien, aucun pays occidental ne connaît aujourd’hui une situation politique apaisée. C’est donc difficile de juger, mais c’est probablement la queue de la comète et je pense que, dans quelques années, on regrettera Macron.

Sur les questions écologiques, par exemple, qui sont ma spécialité, la construction est responsable d’environ 30 % de nos émissions et Macron a été au rendez-vous avec des lois comme la RE2020 et le ZAN, qui font aujourd’hui de la France un pays à l’avant-garde mondiale.

Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

En cuisinant français !