Portrait d’un élu à votre service : Guillaume Mallet (Shanghai)

Guillaume Mallet, installé à Shanghai où il travaille dans le conseil en technologie, revient sur son rôle de conseiller des Français de l’étranger. Il met en avant son engagement de proximité pour accompagner ses compatriotes, soutenir le tissu associatif local et être un relais actif des besoins de la communauté auprès des élus et institutions.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

Bonjour, je vis à Shanghai, en Chine, depuis 2007, où je travaille dans le domaine du conseil en technologie pour la société System In Motion. J’ai effectué l’intégralité de ma carrière professionnelle dans cette ville.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

Arrivé en Chine juste après mes études, j’ai rapidement été confronté à la réalité de la vie à l’étranger, avec ses richesses humaines et culturelles, mais aussi ses défis quotidiens. J’ai construit ma vie ici, me suis marié et suis devenu papa d’un garçon aujourd’hui âgé de douze ans.

Au fil des années, je me suis rapproché de l’écosystème associatif local, qui s’est fortement développé. J’ai pris conscience de l’importance de ce réseau, particulièrement pour les jeunes, en repensant à ce qui m’aurait été utile à mes débuts.

C’est également à cette période que je me suis engagé en politique, avec le lancement du mouvement En Marche en 2016. Les propositions de ce mouvement, axées sur le renouvellement et l’adaptation, correspondaient à ce que j’observais en Chine : la nécessité de vitesse, de flexibilité et de pragmatisme dans un monde complexe. J’ai aussi constaté que l’éloignement géographique incite beaucoup de Français à se désintéresser de la vie politique nationale. J’ai voulu montrer qu’il est possible de s’impliquer activement, même à des milliers de kilomètres.

Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élu ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?

J’ai la chance d’être élu dans une circonscription de taille moyenne, avec un peu moins de 7 000 personnes inscrites au registre consulaire. Cela favorise un dynamisme naturel de la communauté.

Les relations entre le service des Français et les conseillers des Français de l’étranger ont toujours été très bonnes, permettant un travail efficace dans nos missions formelles (conseil des bourses, affaires sociales), mais aussi dans des initiatives et événements profitant à l’ensemble de la communauté.

As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élu des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.

J’ai vécu sur place le confinement strict de Shanghai au printemps 2022 — un minimum de deux mois sans possibilité de quitter son appartement, sauf pour des tests réguliers. Ce fut une période particulièrement intense, avec de nombreuses occasions d’aider et de rassurer nos concitoyens.

Face à un événement exceptionnel générant des situations inédites, il fallait identifier les problèmes prioritaires et travailler — toujours à distance — avec les interlocuteurs compétents pour trouver des solutions. J’ai alors mesuré l’importance du rôle d’élu, notamment pour déclencher les alertes au bon moment et attirer l’attention là où c’était nécessaire.

Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?

Je suis régulièrement en contact avec la députée de notre circonscription législative, Mme Anne Genetet, dont j’ai été le suppléant entre 2022 et 2024, ainsi qu’avec la sénatrice Samantha Cazebonne. Toutes deux ont toujours apporté leur soutien depuis Paris, ainsi que des éclairages précieux.

J’apprécie particulièrement de faire partie des élus du pôle central : les échanges, qu’ils soient virtuels ou en marge des sessions de l’Assemblée des Français de l’étranger, m’ont toujours été utiles pour aborder un problème dans toutes ses dimensions.

Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?

À Shanghai, les associations françaises sont très actives et constituent un pilier d’entraide au sein de la communauté. En fin de mandat, j’ai rejoint le bureau de l’UFE Shanghai, dont l’équipe avait beaucoup évolué.

En tant qu’élu, j’ai toujours eu à cœur de favoriser la coopération entre associations. Je coorganise chaque année une conférence d’accueil pour les nouveaux arrivants, aux côtés de l’UFE, de Shanghai Accueil et de Solidarité Shanghai (notre OLES). L’objectif est d’informer sur des sujets essentiels : santé, sécurité, bonnes pratiques locales.

Nous organisons également, au printemps, la journée des associations dans les jardins de la résidence consulaire, afin de renforcer les liens entre membres de la communauté.

Un des temps forts de mon mandat a d’ailleurs été l’organisation d’une cérémonie des Mariannes, au cours de laquelle une statue réalisée par l’artiste français installé à Shanghai, Pierre Alivon, a été remise à des membres d’associations et d’organisations ayant soutenu la communauté pendant la crise du Covid. Ce moment symbolique a permis de mettre à l’honneur l’engagement et la solidarité exceptionnels dont ils ont fait preuve.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?

La France dispose de solides infrastructures pour accompagner ses ressortissants à l’étranger : services consulaires, réseau d’écoles, et relais associatifs. Beaucoup d’autres nationalités envient par exemple la possibilité de voter à l’urne hors du pays.

À Shanghai, les défis sont multiples et varient selon les situations personnelles :
– Un marché de l’emploi aux opportunités très variables pour les non-nationaux ;
– De fortes contraintes sur les types de visa, notamment pour les conjoints, qui rencontrent souvent des difficultés à travailler ;
– Un accès restreint aux stages pour les jeunes ;
– Des règles locales complexes pour les familles dont les enfants atteignent la majorité et poursuivent leurs études à l’étranger ;
– Une hausse rapide du coût de la vie dans les grandes villes.

Le modèle français, pensé comme une solution “universelle”, est à la fois une force (uniformité) et une limite (adaptabilité réduite). L’une de mes priorités est donc de promouvoir des solutions locales et des initiatives concrètes afin de renforcer la solidarité au sein de notre communauté.

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

La Chine que j’ai connue depuis près de vingt ans s’est transformée de façon spectaculaire, le plus souvent pour le bénéfice de sa population.

Si tout n’est pas transposable, un aspect notable est la capacité d’action rapide : ici, on essaye, on ajuste, on corrige ensuite. Cette souplesse, ce “droit à l’erreur” au niveau collectif, permet de répondre efficacement aux défis contemporains. C’est une approche qui pourrait parfois inspirer nos sociétés européennes.

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

Comme beaucoup de Français de l’étranger, je suis préoccupé par l’orientation du débat politique, qui ne me semble pas toujours centrée sur les bonnes priorités, alors que de nombreux sujets nécessitent des avancées rapides.

Vue de loin, la France conserve une image positive : notre pays est reconnu et apprécié. Cela peut rendre frustrant de ne pas le voir progresser plus vite, malgré ses atouts indéniables.

Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

Paradoxalement, malgré l’éloignement, la communauté française de Shanghai est très soudée. Il est possible de manger français, de parler français et d’offrir une éducation française à ses enfants.

Ma famille et moi retournons en France au moins une fois par an, et nous recevons régulièrement des visites, facilitées par l’exemption de visa de 30 jours accordée aux Français.

En savoir plus sur la cérémonie des Mariannes 2023 de Shanghai