Portrait d’un élu à votre service : David Franck (Kyiv)

David Franck, conseiller des Français de l’étranger à Kyiv, revient sur son engagement auprès des Français établis en Ukraine, qu’il exerce après plus de 13 ans de vie sur place et un fort lien avec la communauté locale. Il met en avant son action de proximité pour accompagner les expatriés dans un contexte de guerre, faciliter leurs démarches et défendre leurs besoins concrets auprès des institutions.

Bonjour, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?

Bonjour, je vis à Kyiv depuis plus de 13 ans, et je consacre la plus grande partie de ma vie à ma famille, ma femme Ukrainienne et mon fils qui vient d’avoir son bac avec mention très bien.

Je me suis beaucoup engagé dans la vie associative au niveau local, et c’est ce qui m’a aidé à tisser des liens privilégiés avec des Français de tous horizons. Je me suis engagé dans « Kiev Accueil » pendant 5 ans et j’ai présidé le conseil d’administration du lycée Français « Anne de Kyiv » pendant 6 ans.

Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a motivé à t’engager en politique et particulièrement pour les Français établis à l’étranger ?

En réalité, cela s’est fait naturellement, vu mon contact facile, et mon empathie. Je m’implique réellement lorsque quelqu’un me sollicite. Je le fais naturellement et complétement. Me présenter devenait une suite logique de mon implication. Je remarquais des non-sens ou des inégalités et je me suis engagé pour faire bouger les choses.

Que trouves-tu le plus satisfaisant dans ton quotidien d’élu ? Et au contraire, ressens-tu des frustrations particulières dans l’exercice de ton mandat ?

Je trouve satisfaisant mon quotidien d’élu quand mon implication a des conséquences positives pour les Français de ma circonscription, comme lorsque nous avons récupéré la compétence électorale à Kyiv alors que les autorités françaises voulaient que nous allions voter à Varsovie. Grâce à une action conjointe de l’Ambassadeur, du Consul et de moi-même, cette compétence nous est revenue.

Pour le moment, je reste frustré par les « conseils aux voyageurs », qui empêchent les entreprises françaises d’envoyer des expatriés travailler en Ukraine, s’ils le souhaitent. Bien entendu, je ne souhaite pas voir une incitation mais lorsque la personne est consciente des dangers et veut, malgré tout, venir travailler en Ukraine, qu’elle puisse le faire, en toute responsabilité.

As-tu une anecdote précise à nous partager sur tes missions en tant qu’élu des Français de l’étranger ? Sur la manière dont tu aides régulièrement nos concitoyens par exemple.

J’ai une anecdote sur le début de la guerre en Ukraine en février 2022 : Avec mon homologue en République Tchèque, nous avons permis à une quarantaine de familles qui fuyaient par la route, de pouvoir se reposer quelques jours dans des familles d’accueil dans les pays limitrophes, suite à leur sortie du territoire ukrainien.

Aujourd’hui, je rencontre tous les acteurs humanitaires qui me sollicitent, venant distribuer des dons ou toute personne désirant s’installer. Je leur dis les points positifs et négatifs, pour cette installation.

Comment travailles-tu avec les représentants politiques de ton territoire, tels que les députés et sénateurs des Français de l’étranger, pour coordonner vos actions ?

Vu le territoire où j’habite, j’ai eu le privilège de rencontrer beaucoup de hauts personnages de l’État lors de leurs visites (sauf le Président Macron) et pouvoir leur transmettre le ressenti de la vie ukrainienne. Je ne peux pas ici les citer tous, mais à chaque fois qu’ils prévoient une séquence avec les Français, j’essaie d’impliquer un grand nombre de compatriotes.

Je rencontre tous les sénateurs, tous les députés des Français de l’Étranger qui viennent ici, quel que soit leur parti. Bien entendu, Anne Genetet, députée FDE (Renaissance) de la circonscription, mais aussi Frédéric Petit, député FDE (Modem) et Jean-Yves Leconte, ancien sénateur des FDE (Place publique) font partie des plus présents, et à chaque visite, je demande si des Français veulent se joindre à moi pour échanger avec eux.

Les associations locales jouent souvent un rôle clé dans l’animation de la vie française à l’étranger. Comment travailles-tu quotidiennement avec elles ?

La vie associative, en ce moment, est quelque peu perturbée mais nous trouvons des moments pour échanger et voir comment je peux les aider à trouver des interlocuteurs viables locaux ou faire le lien avec le poste consulaire. Je reste bien évidemment attaché avec l’établissement scolaire dont j’ai parlé précédemment, et j’essaie humblement d’aider, autant que faire se peut, tous ceux qui me sollicitent.

Quels sont, selon toi, les principaux défis auxquels font face les Français vivant dans ta circonscription ? Quelles sont tes priorités pour la suite de ton mandat ?

Pour les quelques 600 Français d’Ukraine, nous devons continuer de résister à l’invasion, aux ‘fake-news’ distillées par le Kremlin, à continuer à donner la main aux Ukrainiens qui se battent pour leur pays, mais aussi pour la liberté et la dignité de l’Europe. L’Ukraine est la digue de l’Europe, et elle ne doit pas céder.

Nous, Français, devons l’y aider. Les priorités sont que, malgré la guerre, la vie puisse continuer. Malgré les 14h ou 16h de coupure d’électricité par jour, chacun puisse avoir de l’eau et du courant pour travailler, que les enfants puissent étudier, que la résilience s’exprime haut et fort, au grand dam des envahisseurs.

Et enfin, il faut absolument, comme je l’ai déjà dit, que les « conseils aux voyageurs » évoluent, et arrêtent d’empêcher les Français désireux, de pouvoir venir travailler en Ukraine. Cela ne veux bien entendu pas dire ‘les inciter’.

Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?

Il faut que la France retrouve sa capacité de travail, d’accomplissement de soi. Il faut se relever les manches et travailler, lutter, résister pour trouver une sérénité, une liberté. Nous devons arrêter de nous plaindre, arrêter de crier, de regarder ce qu’il y a dans l’assiette du voisin, et travailler afin de s’élever.

En France, nous sommes des chanceux mais aveuglés par de la propagande médiatique qui essaie de nous monter les uns contre les autres, de créer le chaos. La France est multiculturelle, multireligions, multiraciale et c’est une ÉNORME force. Nous devons nous enorgueillir et nous serrer les coudes sans regarder la couleur de l’autre, ou sa culture. La guerre sert à montrer où sont nos priorités, nos urgences et à laisser de coté les futilités de la vie.

D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?

La France cherche son chemin. Actuellement, elle est en ‘mode veille’ car elle ne comprend pas que nous, Français, ne devons pas chercher dans le passé, comme le ferait une Intelligence Artificielle, mais innover, inventer un futur à la hauteur de nos capacités (et elles sont grandes).

Il faut trouver une nouvelle façon de faire de la politique, d’impliquer plus les personnes, de les écouter et surtout de les entendre. Nous en sommes à l’aune de cette nouvelle ère.

Enfin, en tant que Français de l’étranger, comment fais-tu pour garder le lien avec la France ?

La famille et les amis m’aident à garder ce lien si précieux avec la France ! Il n’y a rien de plus important dans la vie que la famille et les amis. D’ailleurs bien souvent, les amis font partie de la famille.

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, et les médias, il est simple de garder des liens avec la France. Parfois on la déteste mais souvent on l’aime, on la défend, on la chérit !