Isabelle Bonneau est installée aux États-Unis depuis plus de 25 ans. Membre du comité local Renaissance de New-York, elle consacre aujourd’hui sa vie au multilinguisme et à l’enseignement du français à l’étranger grâce à l’école de langues qu’elle a fondé.

Bonjour Isabelle, tout d’abord peux-tu nous en dire plus sur toi : où habites-tu et que fais-tu dans la vie ?
J’habite à Jersey City, juste en face de Manhattan, depuis 24 ans. J’habitais avant cela au pied du World Trade Center mais mon immeuble a été très abîmé lors des attentats du 11 septembre 2001. Heureusement, ni mon mari ni moi n’étions sur place ce jour-ci, car l’immeuble, et même l’intérieur, a été fortement endommagé par les poussières toxiques. Nous avons été relogés à Jersey City et nous y sommes restés. Je suis d’abord arrivée aux États-Unis pour travailler dans le groupe Accor, après avoir fait une école de commerce en France. C’est à ce moment que j’ai rencontré mon mari et je me suis donc définitivement installée ici. Par la suite, j’ai créé Tessa International School, une école maternelle et primaire bilingue, il y a 7 ans, en septembre 2017. Nous avons des filières d’immersion en français, espagnol, et mandarin. Nous scolarisons 240 élèves, avec une filière française très dynamique et homologuée par l’État Français. L’école est située à Hoboken, juste de l’autre côté du fleuve Hudson par rapport à Manhattan.
Pourquoi t’être engagée en politique, et particulièrement à Renaissance ?
Je viens d’un petit village dans les Deux-Sèvres, et même si je vis à l’étranger depuis plusieurs années, je me sens toujours passionnément française. J’ai donc toujours eu l’envie de m’engager pour mon pays. En 2017, j’ai vu ce désir de bon sens, cette volonté de réformes de la part d’Emmanuel MACRON et de son équipe. Mais j’ai attendu 2019 et les élections consulaires pour franchir le pas : Pascale RICHARD est venue me chercher pour être sur sa liste, j’ai donc adhéré et fait campagne à ses côtés. Ce fut une grande première pour moi. Je suis maintenant engagée avec le comité Renaissance de New York. J’ai aussi participé récemment à une réunion avec Samantha CAZEBONNE, notre sénatrice très engagée comme moi sur les sujets d’éducation, ce qui était passionnant car j’aimerais beaucoup aider au développement de l’enseignement français à l’étranger notamment en aidant à l’ouverture de nouvelles écoles.
Que penses-tu de l’élection de Gabriel ATTAL à la tête de Renaissance ?
J’avais beaucoup aimé Gabriel ATTAL comme Premier ministre, même si je l’avais trouvé un peu amer lors de son discours de passation avec Michel BARNIER. Son élection à la tête de Renaissance relance une dynamique collective avec les États généraux du parti qui se sont tenus en janvier et en février. J’espère qu’il va pouvoir s’appuyer sur le parti et le groupe à l’Assemblée nationale pour mieux servir le pays. Nous avons besoin d’Hommes d’État, qui pensent à l’intérêt de la Nation avant le leur. C’est pourquoi nous devrons absolument avoir une stratégie d’union pour 2027 afin de choisir le meilleur candidat entre les prétendants potentiels du bloc central pour battre les extrêmes.
Quelles différences fondamentales vois-tu entre ton pays de résidence et la France ? À quelles choses positives tu penses et dont la France devrait davantage s’inspirer ?
Je peux d’abord vous dire de quoi la France ne doit surtout pas s’inspirer ! Pour moi, l’accès au système de santé doit être universel et il est choquant de voir des vies humaines suspendues au “mauvais” vouloir de compagnies d’assurance privées. La qualité de l’éducation est aussi très inégale ici. L’éducation publique dans certaines villes riches et dans la plupart des écoles privées est de bonne qualité mais les écoles publiques dans la majorité des communes sont souvent très mauvaises. En revanche, je trouve les Américains beaucoup plus confiants dans l’avenir, beaucoup plus optimistes que les Français. C’est très agréable à vivre au jour le jour. J’aimerais qu’on soutienne mieux nos entrepreneurs en France, mais notre système bancaire et financier semble trop frileux. Ici, les fonds de pension permettent aussi de financer l’innovation, un des principaux facteurs des succès américains. Les Français et les Européens épargnent beaucoup plus que les Américains, mais notre épargne quitte souvent notre continent et plus généralement n’est pas utilisée pour financer notre avenir.
Que penses-tu de l’élection de Donald TRUMP ?
Je suis très inquiète. Les barrières douanières à venir, qui peuvent toucher nos principaux partenaires économiques et alliés sont insensées. Et tous les coups de boutoir que Donald TRUMP et ses supporters assènent à la démocratie américaine sont encore plus inquiétants. Il doit sa courte victoire à sa machine de propagande médiatique, et aux erreurs des Démocrates, sur laquelle celle-ci a pu surfer. Entre autres, les excès du “wokisme” ont été faciles à ridiculiser (quand je vais chez le médecin, je dois choisir entre 7 genres différents pour moi sur les formulaires). Toute cette vision du monde uniquement basée sur le prisme des discriminations et du ressenti est un danger. Et ces excès mettent maintenant en danger tous les progrès légitimes accomplis. En France, nous avions une vraie culture de l’égalité qui passait par la méritocratie. Je tiens beaucoup à ça et j’espère que nous saurons la conserver.
D’ailleurs, que penses-tu de la situation politique actuellement en France ?
C’est dramatique. Je ne comprends pas qu’on ne s’attaque pas plus à nos dépenses publiques pour réduire le déficit – particulièrement l’organisation même de l’État et des collectivités locales. Au contraire, on pense toujours en premier à augmenter les impôts. Cela tue notre énergie et notre créativité dans l’œuf. Regardez comme les Français qui viennent s’installer aux Etats-Unis réussissent bien ! Le spectacle à l’Assemblée nationale est lamentable. Cet environnement politique incertain va encore plus abîmer notre économie.
Enfin et sur un autre sujet, comment fais-tu pour garder le lien avec la France en tant que Français de l’étranger ?
J’ai beaucoup de chance car je peux me permettre de rentrer souvent en France, notamment pour passer du temps avec ma grand-mère et ma grand-tante qui ont toutes les deux 102 ans et dont je suis très proche. Sinon, j’écoute beaucoup de médias français. J’adore l’émission C’est dans l’air sur France 5. La qualité de la presse française est d’ailleurs assez formidable. Je trouve par ailleurs vraiment dommage que toutes les chaînes de France TV ne soient pas accessibles à l’étranger.