Circonscription 3: Le pouvoir de l’action

Patricia, Européenne convaincue, binationale et résidant au Royaume-Uni depuis l’âge de 20 ans, a construit une carrière dans le domaine de la communication. Mariée et mère de trois enfants, dont deux adorables petites filles, elle s’investit activement dans la promotion de la France depuis plus de 25 ans. En tant que Conseillère des Français de l’étranger, elle est également membre de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), où elle occupe le poste de Vice-Présidente du groupe IDP (Indépendants, Démocrates et Progressistes). De plus, elle préside l’association pour la promotion des Français de l’Étranger, qui organise notamment le Prix du Développement Durable de l’AFE.

Le pouvoir de l’action 

Dans l’arène politique, nous observons deux catégories d’élus : ceux qui parlent beaucoup, et ceux qui se distinguent par leurs actions. Les événements marquants tels que le Brexit, la pandémie de la Covid-19, la guerre en Ukraine, les coups d’État en Afrique, ou encore les secousses sismiques en Turquie mettent à l’épreuve nos élus, révélant leur capacité à se démarquer et à donner tout son sens à leur rôle. Certains élus sont prêts à relever ces défis, tandis que d’autres semblent s’évaporer au moment où leur présence est la plus cruciale.

Le Brexit : le moment où les Européens résidant au Royaume-Uni ont vu leur monde basculer

En 2016, alors que le Royaume-Uni était plongé dans la fièvre du référendum sur le Brexit, l’incertitude régnait en maître. Une victoire du camp en faveur du Brexit signifiait une remise en question de notre mode de vie, voire même de notre légitimité en tant qu’Européens. La question de l’impact sur les Européens établis au Royaume-Uni se posait avec acuité. Jusque-là, la perception générale était que les Britanniques ne voteraient pas pour quitter l’Union européenne. Pourtant, lors de mes déplacements en dehors de Londres, il était manifeste que le discours des Britanniques à l’égard des étrangers et de l’UE s’était durci. Toutes les responsabilités semblaient reposer sur les épaules de ces derniers, et la sortie de l’UE était perçue comme le seul moyen de “reprendre contrôle” (TAKE BACK CONTROL), du moins, c’est ce que prétendaient Boris Johnson et ses partisans.

En 2014, j’avais été élue déléguée consulaire (bien que mon rôle n’ait rien à voir avec le consulat), ce qui m’avait conféré le statut de grande électrice, un titre certes pompeux, mais dont la principale mission consistait à participer aux élections sénatoriales pour élire nos sénateurs et sénatrices. J’aurais pu me contenter de ce rôle, mais comment rester les bras croisés lorsque nos compatriotes risquaient d’être pris dans une tourmente politique, sans pouvoir rien y faire ? Avec le soutien d’Olivier Cadic, devenu sénateur des Français de l’étranger, et l’aide d’autres élus en Écosse et au Royaume-Uni, nous avons organisé des réunions pour éclairer nos concitoyens sur les implications du Brexit.

Au total, j’ai orchestré presque une trentaine de réunions sur l’ensemble de notre circonscription, chaque fois en présence d’un ou deux avocats spécialisés en droit de l’immigration, afin de répondre de manière rigoureuse aux questions techniques. Il était hors de question de commettre des erreurs ou de désorienter ceux qui avaient le plus besoin de notre assistance. À la suite de l’une de ces rencontres, un autre délégué consulaire, accompagné de quelques Européens engagés, a créé « the3million », une association dédiée à la protection des droits des Européens au Royaume-Uni. Des milliers de personnes ont ainsi pu obtenir les informations nécessaires pour naviguer dans les eaux tumultueuses du Brexit. À l’époque, le gouvernement britannique estimait que seulement 3 millions d’Européens vivaient au Royaume-Uni, d’où le nom de l’association. Aujourd’hui, nous savons que ce chiffre était bien loin du compte…

Influencer le changement : l’impact de l’action

Le gouvernement britannique a finalement exigé que tous les Européens prouvent leur droit de résidence au Royaume-Uni, à l’instar des autres étrangers. Cette démarche impliquait la constitution d’un dossier de plus de 80 pages et une multitude de pièces justificatives pour chaque demande, une tâche ardue et coûteuse. Cependant, grâce à la persévérance de personnes déterminées, des changements significatifs ont été apportés. Tout d’abord, la procédure a été simplifiée, rendue gratuite et accessible en ligne. À ce jour, plus de 7,6 millions de personnes ont soumis une demande de « Settled Status » ou « Pre-Settled Status » dont 262,000 demandes venant de Français n’ayant pas la double nationalité britannique (244,310 ont été acceptées) Mais cela ne s’est pas arrêté là, car il était également essentiel de veiller à la protection des droits des Européens dans la durée en assurant l’Accord de retrait.

Ce qui était autrefois aussi complexe qu’un manuel de montage de meubles suédois est désormais aussi simple qu’une recette de crêpes, ou presque. Désormais, tous les Européens résidant au Royaume-Uni doivent s’enregistrer pour préserver leurs droits de résidence, et cela est sans doute un peu plus facile qu’une déclaration fiscale.

Ce combat, Alexandre Holroyd, député pour l’Europe du Nord, l’a mené dans l’hémicycle et a obtenu gain de cause à plusieurs reprises comme par exemple pour la levée du « temps de carence » pour les Français désireux de rentrer en France post Brexit. Et aujourd’hui encore, c’est grâce à notre député et son refus de baisser les bras que les choses avancent, comme par exemple avec la double imposition qui existait encore pour les Français du Danemark parce que la France et le Danemark n’avaient pas réussi à trouver un terrain d’entente. Ceci était un problème qui traînait en longueur depuis des années sans qu’aucune solution ne soit trouvée. Aujourd’hui, c’est chose faite, un accord a été signé.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin d’Europe. Les défis posés par des événements tels que le Brexit et la pandémie de Covid-19 ont mis en lumière ce besoin impérieux. Alors que les Européens résidant au Royaume-Uni ont été confrontés à des bouleversements majeurs, c’est grâce à l’unité et à la solidarité au sein de l’Union européenne qu’ils ont pu faire face aux défis du Brexit et de l’incertitude qui l’a accompagnée. En travaillant ensemble, en surmontant les obstacles et en faisant preuve de résilience, nous pouvons forger un avenir où l’Europe demeure un phare de prospérité, de paix et de coopération pour tous ses citoyens.

La crise sanitaire et la solidarité

Souvent, on dit qu’un train peut en cacher un autre, de même qu’une crise peut en cacher une autre. À la suite du Brexit, nous avons été confrontés à la crise sanitaire de la Covid-19.

Pendant la pandémie de Covid-19, les élus ont été mis à l’épreuve une fois de plus. Pour ma part, il était impensable de rester sans agir en attendant patiemment que la situation s’améliore. J’ai donc mis en place avec l’aide de Marlene Dbouk et Benjamin Guedj  un système d’entraide pour les personnes les plus vulnérables et isolées, en recrutant des volontaires pour les assister et maintenir le lien avec elles. Le recrutement de volontaires a été aisé, car il y avait plus de personnes désireuses d’aider que de personnes ayant besoin d’assistance.

La livraison de médicaments, de courses, le service de taxi pour les visites médicales à l’hôpital ou chez le médecin, ainsi que la production de masques en tissu lorsque ceux-ci se faisaient rares, ont permis de mettre en relation des centaines de personnes au total. Une chose est certaine : personne ne peut tout accomplir seul. C’est en collaborant, en surmontant nos divergences et en agissant de concert avec certaines de nos associations, comme le Dispensaire Français et avec le consulat que nous avons pu obtenir des résultats concrets et contribuer au bien-être de nos concitoyens.

Le respect mutuel et les applaudissements à la française

C’est avec cet état d’esprit que, suite à mon élection en tant que conseillère des Français de l’étranger en 2021, j’ai intégré le conseil consulaire. On m’avait prévenue que les autres conseillers ne seraient sans doute pas faciles à gérer. Je m’attendais à des débats houleux dignes de « Game of Thrones ». Cependant, avec six des neuf conseillers nouvellement élus, nous étions déterminés à changer la donne. Nous avons appris à faire des compromis, à débattre de manière civilisée, et à éviter les invectives dignes d’une cour de récréation. Nous pouvons être fiers de notre collaboration, car après près de deux ans et demi, nous travaillons en harmonie, même si nos opinions diffèrent parfois. Notre objectif ultime reste le bien-être de nos concitoyens, comme en témoignent nos séances de travail au sein du conseil. Et ils sont nombreux, au total presque 150,000 d’entre eux sont inscrits sur la liste consulaire alors que l’on estime qu’ils sont plus de 300,000 au Royaume-Uni.

Au Royaume-Uni, nous avons la chance de bénéficier d’un excellent consul général, Samer Melki, lui-même ancien Français de l’étranger. Son équipe exceptionnellement compétente a grandement contribué à réduire les problèmes liés au consulat depuis son arrivée. Et cerise sur le gâteau, lors des cérémonies de remise de nationalité, les conseillers sont aussi mis à l’honneur.

Les élus peuvent faire la différence

En réponse à la question de savoir si les élus peuvent avoir un impact, la réponse est un fervent « oui », particulièrement pour ceux qui passent à l’action au lieu de se complaire dans des discours vides. Ainsi, nous saluons ceux qui agissent, qui consacrent leur temps et qui nous rappellent que la solidarité est une arme puissante. En travaillant ensemble, en surmontant nos divergences, nous pouvons apporter des changements significatifs dans la vie de nos compatriotes à l’étranger, tout en gardant le sourire et en relevant avec humour les bizarreries de la politique en général.